L’ORATORIO DE NOËL MICHEL TREMBLAY
L’âge aidant, Michel Tremblay se penche maintenant sur la maladie, celle qu’il ne nomme jamais et qui fait en sorte que nous oublions, que nous sombrons dans l’absence, que nous allons jusqu’à oublier que nous oublions. Pour n’importe qui il s’agit là du plus terrible des destins, de ne plus reconnaître personne, de ne plus se reconnaître soi-même, de perdre jusqu’au concept de son identité.
Tremblay nous a habitués à la démultiplication des personnages, plusieurs comédiens qui incarnent le même protagoniste à différents âges de la vie. Cette technique a été magistralement démontrée dans Albertine en cinq temps et c’est celle qu’il utilise de nouveau dans L’Oratorio de Noël. Le Noël en question est un homme d’âge mur, neurochirurgien réputé confiné dans une chambre d’hôpital depuis qu’il connait de plus en plus d’inquiétantes pertes de mémoires. Il sait très bien ce qui est en train de lui arriver et c’est dans la recherche du souvenir qu’il va voir défiler autour de lui son ex-femme, son fils et sa fille. Le tout dans un maelstrom de reproches et de conflits.
L’histoire en soi est d’une désolante banalité : on a vu mille fois le thème du professionnel travailleur acharné qui néglige sa famille au profit de sa carrière, qui prend des maîtresses et abandonne à elle-même une épouse qui a tout sacrifié pour lui, qui est un père absent sauf lorsqu’il s’agit de contrarier les projets de cette progéniture qui ose vouloir autre chose que ce qu’il a prévu pour elle.
Raymond Bouchard qui incarne Noël, est très, très bon. Cela fait plaisir de voir ce comédien sur une scène car il s’y est fait rare ces dernières années. Il sait rendre l’intensité, la douleur, le remords et les regrets qui agitent l’âme de Noël lorsqu’il se rend compte qu’il a raté le train de son existence. Il nous livre un grand numéro d’acteur et je m’incline bien bas devant son talent. Mais pour un comédien d’un tel calibre, il aurait fallu une distribution toute à l’avenant et, hélas, ce n’est pas le cas. Si Monique Spaziani et Ginette Morin sont impeccables en Jacqueline 2 et 3 et que Pierre-François Legendre en Jean-Sébastien 3 et Marie-Chantal Perron en Isabelle 3 s’en tirent très bien, il n’en va pas de même pour les autres qui ne font pas du tout montre de la même force, du même métier et qui semblent incapables de communiquer la dose d’émotion et de sentiment nécessaire à un pareil drame. C’était un soir de première, on peut mettre cela sur le compte de la nervosité, c’est ce que j’espère d’ailleurs. Mais il demeure que le drame réel que vit cet homme qui est passé à côté d’une partie importante de sa vie ne passe pas aussi bien qu’il le devrait à cause de la faiblesse de ceux qui lui donnent la réplique.
Serge Denoncourt signe une mise en scène sobre et pleine de retenue, on est loin des excès et de la folie de Il Campanielo. Il aurait peut-être dû avoir la main un peu plus lourde avec les jeunes comédiens de la distribution et exiger davantage d’eux. Mais bon. C’est du Tremblay honnête, pas sa meilleure pièce, mais on sent dans L’Oratorio de Noël qu’il avait quelque chose d’important à dire et il nous le communique avec son talent habituel.
Par MC5








