Ils sont fous ces australiens. J’ai rarement vu un spectacle aussi déjanté, inventif, cru et cruel que ce C!RCA qui est présenté par la troupe éponyme à la Tohu dans le cadre de Montréal en Lumières. On assiste à un mélange de force brute et d’esthétisme, les corps se disloquent sous nos yeux évoquant des poupées brisées et abandonnées, la musique qui les accompagne est parfaitement choisie et évocatrice, le mouvement est roi et maître et laisse le spectateur pantelant.
Le talent des sept danseurs-acrobates est à couper le souffle. Je ne sais pas comment ils font mais il y a des mouvements que je n’avais jamais vus de ma vie, des réinventions dans la gestuelle qui m’ont laissé dans le ravissement le plus total et des techniques que je cherche encore à comprendre. Mais comment peut-on faire la roue au quasi-ralenti? Ça me rappelle les meilleurs danseurs de ballet qui, lors d’un saut, donnent l’impression qu’ils restent dans les airs sans bouger pendant un court instant. Les artistes de C!RCA me semblent à la hauteur des Noureev et des Baryshnikov de ce monde, peu nombreux il va sans dire. Il y a d’ailleurs un pas de deux dans le spectacle qui serait digne de n’importe laquelle troupe de ballet contemporain de haut calibre, c’était délirant de beauté, de technique et d’émotion.
Ils réussissent aussi à allier un aspect primitif, tribal même de la danse/cirque à une gestuelle gracieuse et élégante. Et je crois n’avoir jamais vu autant de contradictions assumées dans un même spectacle. Il y a par exemple l’étonnant Scott Grove, un acrobate professionnel, qui lors de son solo nous fait une démonstration de ce qui m’a semblé être un étonnant contrôle musculo-squelettique qui lui permet de se transformer sous nos yeux en une créature qui évoque l’incroyable Hulk. C’est que c’est admirable bien sûr, mais aussi un peu beaucoup terrifiant. Emma McGovern va, elle, se servir d’un cordon rouge pour faire des allées et venues entre sa gorge et ses narines, je ne sais pas comment vous expliquer, il y a un côté follement esthétique, provocateur aussi à tout cela, mais également un aspect trash qui provoque une fascination dégoûtée à laquelle il est difficile de résister. La musique accompagne parfaitement tous ces excès et toutes ces prouesses et je m’en voudrais de ne pas mentionner notre québécoise à nous, Valérie Doucet, qui fait partie de la troupe et qui est à la hauteur de tout ce qu’on attend d’elle.
C’est un spectacle à la fois intensément physique et hautement cérébral, c’est lyrique et poétique et puissant et brutal. On y trouve de la joie et de la tristesse. Je n’en suis pas encore revenue, je suis sortie de C!RCA complètement séduite et inspirée. Et s’il y a un fil conducteur dans ces 80 minutes ce serait la démonstration que l’humanité est à la fois belle et laide, bonne et cruelle, magnifique et perverse. Et qu’il est toujours intéressant de se le faire rappeler.
Par MC5








