POURQUOI PAS?: CONSTERNANT

Pourquoi pas? De Norm Foster au Théâtre Jean-Duceppe

Vous savez que vous avez un problème lorsque vous vous trouvez à une représentation théâtrale, que vous regardez votre montre et qu’il n’est que 20 heures trente et que vous pensiez être là depuis deux ans.

C’est ce qui m’est arrivé avec Pourquoi pas?, cette pièce du dramaturge canadien anglais Norm Foster qui narre l’improbable rencontre de Bob et de Jacqueline. Bob est divorcé, Jacqueline est veuve, elle était la femme du patron de Bob, ils se sont rencontrés trois fois en l’espace de 25 ans et Bob l’a toujours aimée semble-t-il. L’amoureux transi veut convaincre la veuve-pas-du-tout-joyeuse que l’amour est encore possible malgré leur âge quasi canonique et que la vie peut encore leur réserver des moments de grâce. Le message étant ici que l’amour n’a pas d’âge et que, contrairement à ce que veulent nous faire croire la publicité, les émissions de télévision et la société en général, il n’est pas nécessaire d’être obligatoirement jeune et séduisant pour sentir son cœur battre autrement qu’en montant les escaliers.

-C’est consternant, m’a chuchoté peu après le début de la représentation ma compagne-en-théâtre de ce soir-là. C’est en effet le qualificatif qui convient à ce texte qui n’est qu’un ramassis de clichés tous plus éculés les uns que les autres. Norm Foster n’a manifestement jamais entendu parler de l’ellipse ou de la métaphore, tout est expliqué avec un épuisant luxe de détails qui ne laisse rien en pâture à l’imagination du spectateur. On a droit à tous les états d’âme insignifiants des protagonistes et le pire c’est que tout cela nous laisse complètement froids car il n’y a pas une once d’émotion qui se pointe à l’horizon. J’ai déjà lu des livres ou vu des pièces qui traitent de couples vieillissants qui s’interrogent sur la possibilité d’un éventuel recommencement. Et bien sûr que ça peut marcher, mais ici la pâte ne lève pas.

Évidemment le texte n’est pas très bon mais la traduction n’aide en rien. Quand on entend « Je n’y toucherais pas avec un poteau de dix pieds » qui est la traduction littérale de « I wouldn’t touch it with a ten-foot pole » on se dit que la civilisation occidentale est en train de s’écrouler et qu’on vient de se retrouver bien malgré soi flottant dans des stratosphères d’inanité. Le décor, gris et brun, n’évoque en rien les contradictions et les passions qui, en principe, agitent l’âme des personnages et la mise en scène…et bien, on se demande s’il y a eu des efforts de ce côté-là parce que les comédiens se déplacent de façon convenue dans un univers insipide, incolore et sans saveur où rien ne brille, où rien ne provoque la moindre étincelle, où tout, à commencer par le texte, est terne et fade.

Pauline Martin et Claude Prégent méritaient mieux que cela. Ce sont deux comédiens aguerris pleins de talent qui peuvent véhiculer, grâce à leur expérience, des émotions et du contenu. Mais il n’y a rien à se mettre sous la dent pour eux dans cette pièce sur laquelle, personnellement, je fais une croix.

Pourquoi pas? Est présenté au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 4 février 2012

Par MC5