Contes Urbains Théâtre Urbi et Orbi
Tout le monde aime se faire raconter des histoires. Je pense que tout cela est lié à une certaine nostalgie de l’enfance, à ce désir constant de crier : Émerveillez-moi et au fait aussi que nous sommes rarement étonnés autant qu’on le souhaiterait. Eh oui, tout à été dit. Alors c’est dans la manière de redire qu’on doit trouver de nouvelles façons de surprendre le public.
L’édition 2011 des Contes urbains présentée à La Licorne comble parfaitement les attentes : 6 contes nous enchantent et nous tiennent en haleine au cours des deux heures que dure la représentation. C’est un départ canon avec Marcel Sabourin et son « C’est quoi ça?!? » qui nous fait part de façon résolument charmante et avec beaucoup d’enthousiasme de ses préoccupations cosmiques et existentielles. C’est plein d’interaction avec le public, de commentaires drolatiques et bon enfant et de grandes questions comme « Que se passe-t-il? » et « Mon poil pousse-t-il? » Marie Eykel suit avec le texte de Chrystine Brouillet « Une certaine lassitude » où une québécoise mariée à un bourgeois parisien parle de la cage dorée que constitue sa vie. C’est une histoire bien fichue et pleine d’humour très bien rendue par notre Passe-Partout nationale où on retrouve tout ce qui caractérise Chrystine Brouillet : de la bonne bouffe, du champagne, du bon vin et un crime. L’oralité convient très bien, ma foi, à la mère de Maude Graham, elle devrait explorer cela davantage.
André Richard suit avec « Bouboule ». Très étrange dans la forme, ce texte est scandé par des chansons de Félix Leclerc et est narré au passé simple tout en étant émaillé de québécismes et de sacres. Et ça marche parfaitement grâce au talent du narrateur et à sa candeur lucide et aux rebondissements invraisemblables de l’extraordinaire histoire qui nous est racontée. C’est la Chasse-Galerie sans le surnaturel, c’est une histoire du diable mais dans le quotidien. C’est fabuleux.
Suit le texte de Michel-Marc Bouchard dit par Anne Casabonne. « Je les connaissais » raconte un drame de banlieue survenu le Boxing Day : dans sa belle maison décorée pour Noël un homme tue toute sa famille avant de s’enlever la vie. Des journalistes interrogent la voisine et ça dérape sérieusement lorsqu’elle se rend compte que cette tragédie n’est que la pointe d’un iceberg où l’apparence est tout ce qui compte et où tout le monde marche à côté d’un précipice de désespoir. Anne Casabonne est sensationnelle, elle se désintègre littéralement devant nous et rend formidablement ce texte rempli d’une indicible solitude.
Dominick Parenteau-Lebeuf a écrit le texte que nous propose Louisette Dussault, ma souris verte chérie : une histoire de jumelles aux destins divergents racontée avec verve, humour et émotion. Ça cafouille un peu vers la fin, je ne sais pas si la comédienne a eu un blanc ou si la structure du texte était déficiente, cela demeure tout de même un beau moment grâce à l’indéniable charme de madame Dussault qui pratique l’autodérision avec une maîtrise à nulle autre pareille.
Et puis finalement « Le licheur » de Fabien Cloutier nous est narré par Jean-François Gaudet. C’est ce texte qui a suscité une controverse et le retrait de Linda Wilscam du spectacle. Dans une entrevue publiée en ligne dans La Presse du 1ier décembre, madame Wilscam a dit avoir trouvé ce texte « ordurier ». La prude que je suis n’a pas trouvé cela ordurier du tout. C’est cru, ça oui, ça appelle un chat, un chat mais cette histoire d’un gai quétaine du 450 qui va au Billy Kun, qui tombe en amour et qui décrit sa relation dans ses moindres détails est sauvagement amusante et défie toutes les conventions. Et pourquoi pas? Il faut bien les revisiter, les contes, on vit au XXIème siècle que diable.
Un orchestre de jazz accompagne discrètement toutes ces prestations et nous rappelle musicalement que ces comédiens ont enchanté nos enfances à travers les générations. Pour notre plus grande joie, ils sont passés à autre chose, ce que nous devrions tous faire d’ailleurs. Du côté de la présentation, les Contes urbains demeurent ancrés dans le classicisme : les comédiens (et parfois auteurs) viennent sur la scène et nous racontent, en l’espace d’une vingtaine de minutes, une histoire. Et nous aimons tous nous faire raconter des histoires.
Les Contes urbains sont présentés à la Grande Licorne jusqu’au 17 décembre 2011
Par MC5







