2011 REVUE ET CORRIGÉE

2011 Revue et corrigée

Vous savez parfois, lorsque je lis mes journaux quotidiens ou que j’écoute les bulletins de nouvelles, un grand découragement m’envahit. Je ne puis que constater que tout va mal dans le monde, que les choses ne s’arrangent pas, bien au contraire, que les gouvernements semblent loin de prendre les intérêts des citoyens à cœur, que l’appât du gain se retrouve au cœur des motivations d’à peu près tout le monde, que les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Où est-ce qu’on s’en va? Chez le diable apparemment.

Je me dis aussi qu’il faut rire de temps à autre pour alléger ce terrible fardeau de conscience sociale, sinon on devient fou. Et c’est dans cet esprit que je suis allée voir 2011 Revue et corrigée, tout comme je regarde la revue de l’année d’Infoman et le Bye Bye, histoire de se payer une pinte de bon sang et de se moquer des politiciens et des travers de notre société dont la profonde absurdité peut être accentuée et désamorcée grâce à la magie de l’ironie mordante et de l’ humour déjanté.

Les six comédiens qui jouent les sketches ont tous beaucoup de talent. Suzanne Champagne, que je salue ici bien bas, est particulièrement convaincante en Pauline Marois et en Reine Élizabeth et Benoit Paquette se révèle un extraordinaire imitateur. Il y a une parodie particulièrement amusante de 19-2 et un sketch hilarant sur les sens uniques du Plateau Mont-Royal. Cœur de Pirate est aussi parodiée de belle façon et on se moque avec beaucoup d’à-propos du talk-show de Penelope McQuade. Mais d’autres moments tombent à plat : je n’ai pas vu la pertinence des religieuses qui commentent l’actualité en se permettant des commentaires égrillards, ce qui m’est apparu complètement étrange parce que totalement irréaliste, sorti tout droit d’une autre époque et plaqué sans raison aucune dans ce spectacle. Peut-être était-ce pour faire plaisir au public qui accuse, avouons-le, un âge certain.

On se moque aussi bien peu des productions du Réseau TVA et de son PDG. Serait-ce parce que Quebecor est un partenaire financier important du Théâtre du Rideau Vert? Pratiquerait-on donc une forme d’autocensure lors de la conception et de l’écriture? Tiens, tiens…

On insiste beaucoup sur le Plan Nord et sur les velléités totalitaires de Stephen Harper. On parle aussi abondamment des sinistrés de la Montérégie qu’on ose même mettre en parallèle, quoique trop timidement à mon avis, avec les victimes du tsunami au Japon, histoire de relativiser un peu, mettons. Il y a quelques bonnes blagues sur le hockey mais on ne met pas assez en évidence l’effroyable façon dont Georges Laraque s’exprime en français, ce qui pourrait être une inépuisable source d’hilarité. Et quelques gags tombent à plat avec des chutes insignifiantes.

Ce qui m’a frappé par ailleurs est le fait que les comédiens travaillent avec trois fois rien : les accessoires, costumes, perruques sont réduits à leur plus simple expression, les projections vidéo relèvent d’une qualité des plus moyennes, bref c’est une production qui n’investit manifestement pas beaucoup dans le côté matériel de la chose. Les comédiens tirent quand même leur épingle du jeu de façon convaincante mais qui sait ce que cela pourrait donner si les auteurs n’avaient pas à tenir compte de ces contraintes et pouvaient ajouter des accessoires et des projections de meilleure qualité?

On passe somme toute une bonne soirée en compagnie de cette revue de l’année. Ça nous met dans l’esprit des Fêtes et on se dit en sortant qu’il est temps d’aller accrocher les décorations de Noël. Ce que je m’en vais faire derechef.

2011 Revue et corrigée est présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 14 janvier 2012

Par MC5