«20h45. Ça veut dire quelle heure en hip-hop time?» me demande mon amie alors que nous franchissons l’entrée du centre Bell. « mmm…d’après moi on se trompe pas avec 9h15.»
C’est finalement à 21h20 sonnantes que Jay-Z et Yeezy sont sortis du plancher de leurs cubes futuristico-minimalistes pour entonner H.A.M premier simple qu’ils ont sortis ensemble sous le sobriquet The Throne, qui peut facilement servir de tremplin pour blagues de toilettes après deux ou trois gin toniques. Blague à part, la première partie de ce concert-fleuve de 45 chansons (!!!) a été consacré sans surprise aux pièces de Watch the Throne, cet album tout d’or plaqué qui rend hommage au capitalisme dégoulinant dont font preuve nos deux zigotos-rappeurs qui ont réussi plus que toi et qui sont meilleurs que tout le monde.
Étrangement, c’est un peu pour cette vacuité, cette arrogance et ce narcissisme que nous les aimons. Parce que malgré toutes les niaiseries anémiques d’humilité que Kanye peut pondre en entrevue ou dans les galas, il restera toujours le petit protégé mignon de Jay-Z et ce, même si sa musique est en train de devenir plus populaire que celle de son mentor. D’ailleurs c’est bien beau le studio, mais quand vient le temps de faire de la scène avec HOVA, Kanye a l’air d’un lionceau qui tourne comme un maringouin autour de son papa. Sweet malgrés les images de dobermann et de requins projetées sur les cubes.
Malgré tout, les gros frissons nous parcourent l’échine quand Monster et Power (titres de My Beautiful Dark Twisted Fantasy) sont entonnés. C’est qu’on en a abusé de ce disque depuis novembre 2010 et qu’on l’aime encore d’amour. Nous sommes même prêts à pardonner l’abus d’auto-tune de Mr. West pendant une version de 10 minutes de Runaway suivie de Heartless, de 808’s and Heartbreak. Ce type est une machine à hits pop.
Au niveau du look, celui de Kanye était un peu à l’image de sa musique (si vous imaginez comme moi que sa musique a des airs de centurion romain un peu beaucoup vaniteux) et celui de Jay-Z aussi (on parle du gars qui a inventé le look composé d’une casquette neuve avec ses stickers encore dessus et de chaînes en or!!). Plus hip-hop encore que l’allure de ses milliers de fans.
Les hits du mari de Beyoncé étaient bien sûr à l’honneur eux aussi et il en a des tonnes (Dirt off your shoulders, Big pimpin’, entre autres, et ce satané tube sur New York avec Alicia Keys). En terme de charisme et de livraison, c’est à Jay que revient la palme. Sa voix est parfaitement claire et jamais approximative. À la défense de West, il faut spécifier que HOVA ne fait jamais dans la grosse prouesse vocale.
En fin de spectacle, le duo nous a offert encore des pièces de son trône en or (non, Beyoncé n’est pas venue chanter sur lift off). Et pour clôre le tout, ils ont interprété non pas une fois, deux fois ou trois fois mais cinq fois leur nouveau single Niggas in Paris et ça nous a bien fait rire, en plus de foutre le parterre en feu. Le spectacle s’est terminé avec la bien-nommée Encore de Jay-Z.
Spectacle prétentieux, racoleur et dispendieux tant que vous voulez, reste que le fait de voir ces deux légendes du hip-hop mainstream réunies rehausse de beaucoup le spectacle éventuel que l’un aurait fait sans l’autre. D’accord que l’album en duo ne valait pas trop le coup. Pour le spectacle, c’est une toute autre histoire.
Par Charles Laplante







