STRFCKR: UNE DOSE DE CHANCE

On dirait qu’à chaque fois que je vais voir un concert au Il Motore, je passe par toute une gamme d’émotions. Something’s off là-bas, c’est clair. À la soirée de Starfucker, je suis arrivée tout innocente et pétillante de joie pendant la première partie. J’ignorais encore ce qui m’attendait.

Peu de gens dans la pièce à mon arrivée. Quelques habitués un peu éparpillés et des visages stoïques devant ce qui était en train de se passer. La première partie, Alexico, était sur scène… et dans les premières secondes, mon éternel jugement sur les artistes en performances a été : « Est-ce que c’est une blague? On dirait du karaoké. Il a vraiment l’air mal à l’aise. » pour vite passer à : « C’est dont attachant, j’aime dont ça! Je souris! C’est dont beau, sourire! ». La performance venait de gagner mon coeur pourtant si difficile à renverser, et juste quand je me complaisais dans ce bonheur où me plongeait Alexico avec ses petites maladresses que je soupçonnais complètement songées, une personne du public lui a balancé un verre de plastique à la tête. D’autres ont rit. Un grand silence de malaise s’est installé et je me suis intérieurement mise à rager. La rythmique électronique entre le 8-bit et le midi me charmait, la nervosité du chanteur -un mignon maigrichon voilant sa timidité derrière d’énormes lunettes- me charmait, ses pas de danse gauches me charmaient; bref, tout me charmait et celui qui avait osé lui lancer son verre allait le payer.

Mais je suis parfois sage et j’ai préféré laisser tomber. Le concert s’était terminé dans une ambiance générale lamentable et Beat Connection montait maintenant sur scène.  À la seconde où le (oui, très) jeune groupe a fait résonner ses beats dans la salle, tout ça était devenu chose du passé et la psyché-tropicale l’emportait sur une foule qui ne cessait de croître. La face du Il Motore venait de changer de façon dramatique. Le set de Beat Connection frôlait la perfection avec très peu de moments creux et une montée constante tout au long de la soirée. Vers la fin, personne n’avait pas dansé. Ça c’est certain.

En prenant un peu d’air frais dehors avant l’événement tant attendu de la soirée, un grand blond m’a abordé pour me demander où était le centre-ville (les inconnus qui me parlent, c’est mon special trick dans la vie). C’était Ian Luxton de Starfucker et après une longue conversation qui l’a d’ailleurs mis en retard à son propre spectacle, tout prenait un nouveau sens : ce concert d’Alexico et cette maladresse finalement pas complètement songée, ce verre qui vole et les éclats de rires… Pour la petite histoire, Alex du groupe Alexico basé au Mexique ignorait les nouvelles procédures de visa pour le Canada et est resté coincé aux douanes. Il aurait alors donné la permission à Chance, pote et roadie de Starfucker, de faire quelques concerts à sa place, avec le reste du groupe, pour rigoler. Montréal était donc la première ville où Chance Jackson montait sur scène, dansait et avait l’air brillamment déplacé en chantant d’un espagnol cassé sur la musique d’Alexico. Sous les conseils d’Ian qui s’inquiétait pour son ami, je suis allée le féliciter.

Starfucker entammait le spectacle et Chance me faisait jurer que j’avais réellement apprécié et que je ne me moquais pas. Au minimum dix fois. La salle était maintenant bondée de monde, plus personne ne se gênait pour bouger et l’heure sonnait le temps de faire la fête. Au moment où le simple Julius battait son plein, j’ai eu la réflexion que jamais je n’avais vu le Il Motore dans un tel était : le son était impeccable et la clarté des murs se laissait oublier. Comme quoi tout n’est pas perdu. Puis on s’est laissé prendre par la musique de Starfucker, l’énergie qui s’en dégage et ce côté feel good song qui n’emprunte pourtant pas l’apparence d’une électro-pop comme les autres; plus planante, plus dansante, plus profonde. Puis encore on s’est laissé emporter par l’entraînante Bury Us Alive en souriant naïvement, les bras qui battent l’air, faisant mousser nos bières, et par leur fameuse reprise de Girls Just Want To Have Fun de Cindy Lauper. Girls just want to have fun, c’est vrai. Et on dirait bien que c’est la même chose pour les garçons.

*** Chance aurait apparemment performé sur la dernière chanson de STRFKR durant toute la tournée, fait du body surfing, amélioré ses petits pas de danse, surmonté le bouleversement de son premier traumatisme de scène, fait connaissance avec plusieurs jolies filles et rêvassé sur son nouveau projet : monter un groupe de musique. De mon côté, je suis retombée sous le charme d’Alexico via MySpace (http://www.myspace.com/alexico). Surtout quand les airs de karaoké y sont toujours.

Alex d’Alexico et Chance de (insérer band ici)

Crédit photo : Chance Jackson

Par Opale Lavigne