LA FIN DE LA SEXUALITÉ: PRUDE FRIENDLY

La fin de la sexualité  de François Létourneau

D’entrée en matière Frédéric Blanchette, le metteur en scène de La fin de la sexualité qui incarne aussi l’auteur, accueille les spectateurs à la petite Licorne en leur confiant son bonheur d’être revenu au théâtre après quelques égarements télévisuels, entre autres pour l’écriture de la série Les invincibles. Il précise cependant que ce passage radio-canadianesque lui a permis de s’acheter une Volvo. Voilà, le ton est donné, nous allons beaucoup rire au cours de cette soirée où les situations loufoques abondent et où les comédiens s’amusent visiblement autant que le public dans la salle.

La prude que je suis était un peu inquiète en allant voir cette pièce. Ah! me disais-je, est-ce que c’est encore un de ces trucs où, sous prétexte d’explorer en compagnie d’un jeune dramaturge les méandres du post-modernisme, je vais être obligée de me taper des conjonctures à n’en plus finir sur l’état de la sexualité chez notre belle jeunesse d’aujourd’hui, le tout accompagné d’un vocabulaire des plus crus et de dialogues qui ne laissent rien à l’imagination? Et bien, pas du tout. Il y a un peu de vocabulaire cru, mais juste ce qu’il faut. Et les dialogues sont très amusants.

Le prétexte à tout cela est une étude bidon qui aurait été faite aux États-Unis dans les années 80 à la suite d’une initiative du président Reagan qui s’inquiétait de voir la baisse de natalité dans l’ensemble de la population et la diminution de la qualité des spermatozoïdes chez le mâle américain. S’ensuivent une série d’hilarantes vignettes mettant en scène des présidents américains, mais aussi John Poindexter, conseiller du président Reagan en matière de défense, Janet Reno, ministre de la justice sous Clinton, Newt Gingrich, président de la Chambre des Représentants de 1995 à 1999 et quelques autres gros bonnets de l’époque qui dissertent sur la sexualité de l’homo americanus tout en laissant percer leurs propres insuffisances dans ce domaine. Les comédiens incarnent tous ces personnages à l’aide d’affreuses perruques, chose que je trouve toujours irrésistiblement drôle et ils sont tous à la hauteur, surtout Émilie Bibeau personnifiant une Monica Lewinsky plus vraie que nature. J’adore cette fille, elle est incroyable de justesse dans n’importe lequel rôle où je l’ai vue. Pour ne pas être en reste, François Létourneau incarne un John Pointexdeter à la fois rigoureux et quasi touchant, Patrick Drolet est parfait en un George Bush réprimé sexuellement et Patrice Robitaille (dont les perruques sont très, très affreusement réussies) nous donne un Gingrich redoutablement efficace.

Et Catherine-Anne Toupin est tout aussi formidable en jeune fille dont les expériences sexuelles ne se sont pas révélées concluantes et en une Janet Reno dont on se demande si les chromosomes ne sont pas davantage du côté des XY que des XX. Mais à travers tout ce délire il y a aussi une réflexion sur la solitude qui accompagne les arcanes du pouvoir et les relations entre les êtres, quels qu’ils soient. Si les riches et les puissants ne trouvent pas de satisfaction réelle, ni l’épanouissement amoureux et sexuel, on est en droit de se demander ce qui arrive au commun des mortels…

Quelques mots sur le nouvel édifice de la Licorne. Avouons-le : avant, ça faisait vraiment dur. Les planchers gondolaient, les murs se fendillaient, toujours un peu plus d’ailleurs à chaque fois que j’allais au théâtre, les chaises étaient hautement inconfortables et je me suis déjà questionnée sur la salubrité des lieux tout en évaluant qu’aller voir un spectacle à la Licorne relevait sans doute autant du missionnariat que de l’amour de la culture. Et bien, maintenant c’est tout à fait joli. On entre, les lieux sont vastes mais l’espace est convivial, c’est épuré mais esthétique comme tout sans être intimidant. L’atmosphère est agréable et les sièges très confortables. Denis Bernard a raison d’être heureux, il a vraiment un beau théâtre. Et si ce que j’ai vu est un indicateur, la qualité des spectacles est à la hauteur de la beauté des lieux.

La fin de la sexualité est présenté par le Théâtre ni plus ni moins à La Petite Licorne jusqu’au 4 novembre 2011

Par MC5