« This is the church of budgerigars! », telles sont les paroles clamées au portail de In a fung DAY T, le Duchess Says nouveau.
C’est ainsi que les quatre membres de l’église – Annie-Claude Deschênes, Ismaël Tremblay, Philippe Clément et Simon Besre – poursuivent la mission qu’ils s’étaient donné depuis le début de la formation, soit de diffuser les enseignements de la Mère-Perruche, autorité suprême du mouvement, qui pourraient se résumer comme suit : prier accoudé au bar d’une taverne de quartier, transformer l’eau en bière, boire des chapelets de shooters et vénérer le barman, porteur de la bonne nouvelle. C’est dans un Club soda en feu que l’un des groupes les plus importants de la scène locale lançait son dernier effort. Show time!
D’entrée de jeu, nous ne pouvons passer sous silence la performance des trois gars de Le monde dans le feu, qui ont ouvert le bal. Fuser dans le beau de la chose, leur premier 7 pouces (et second EP) sorti cette année, affiche des titres tels que Y a une grosse devant le p’tit arbre, Criss t’es pas belle, ou encore, Toute sent la sueur. Appuyé par de très divertissantes projections façon karaoké, Beau Be au vocal, Bruno Beau à la basse et Pierre-Antoine Von Beau à la guitare nous offrent un punk-électro enthousiaste et énergique flanqué d’une bonne dose d’humour très absurde. Avec des échantillonnages rappelant parfois les sons psychédéliques des chansons de Passe-Partout (Fardoche sur le speed), le tout est très efficace en spectacle et le chanteur se donne à fond, semblant sautiller constamment sur un tapis de braises ardentes.
Maintenant que la salle a été parfaitement réchauffée, place au plat de résistance! Duchess Says sait se faire attendre. Prenant d’assaut les planches de la métropole depuis 2003 en nous sciant les jambes avec leur punk-rock-électro agressif et hypnotique, c’est en 2005 qu’ils sortent un premier EP, Noviciat Mère-Perruche. Les amateurs de claviers saturés de la métropole sont désormais sur le qui-vive, impatients de s’en mettre plein les oreilles avec un album complet du groupe. Ce n’est finalement qu’en 2008, après avoir enregistré l’album à trois reprises, que l’Anthologie des 3 perchoirs voit le jour. S’ensuivit donc une série de spectacles et de collaborations (Fucked Up, Crystal Castles et Wavves, rien de moins) qui emmena la troupe à voyager aux États-Unis et Outre-mer pour livrer des performances toujours décapantes dans des festivals tels que SXSW, Osheaga, Primavera sound, Nuits sonores, Festival d’été de Québec, Dour, FME et plus encore. Pour ajouter à cela, en 2009 ils ouvrent pour la tournée des Yeah Yeah Yeahs en Angleterre, ce qui est, avouons-le, un sacré beau tableau de chasse pour un band de chez nous.
Trois ans après la sortie de leur premier opus, le temps était venu pour la Duchesse de retourner un temps dans sa cage et de revêtir un nouveau plumage afin de nous concocter une seconde offrande. Avec Adrian Popovich (ex-Tricky-Woo) et Joseph Donavan du studio Mountain city aux consoles, les membres du groupe ont repris goût au studio et ont accouché de In a fung DAY T dans la joie et l’allégresse. C’est donc les chansons de ce nouveau-né que Duchess Says nous ont balancé en pleine gueule jeudi dernier, nous ayant préalablement prédit une soirée couronnée de coups d’éclats. Ils ont tenu promesse mesdames et messieurs! Annie-Claude, toujours aussi théâtrale et déchaînée, s’est appropriée toute la salle en passant la majorité du spectacle à planer au-dessus de nos têtes et à ramper sur le parterre. La foule avait soif de ce flot d’adrénaline auquel le groupe nous a habitué et faisait partie intégrante du show, suivant et répondant aux moindres gestes de la chanteuse au magnétisme obnubilant. Nous avons eu droit à la plupart des chansons du nouvel opus, livrées avec toute l’intensité qu’on leur connaît, mais aussi à quelques succès de l’Anthologie (Tenon non neu, C cut up), pour le plus grand plaisir de nos acouphènes. Des collaborateurs spéciaux sont venus prêter mains fortes aux prêcheurs, dont Vincent Lévesque de We Are Wolves aux claviers, ainsi que Slobs, qui ont pris le plein contrôle de la scène le temps de nous balancer quelques chansons de leur punk-hardcore dans les dents. C’est après cette intervention pour le moins rugissante, que Duchess a repris les rênes et fait tomber du ciel des pamphlets nous informant sur Les cercles de lecture du Morgan Sober, soit l’historique et les objectifs de ce groupe : « La sauvegarde du plaisir et la publication d’ouvrages traitant de l’histoire des locaux de pratiques. » La brève présentation (un enchaînement de phrases à caractère informatives ayant plus ou moins de rapports entres elles) se termine comme suit : « Bon et bien…..c’est cela. Je crois que je vais y aller moi là. », prenant conscience du n’importe quoi de la chose. Hilarant! La cérémonie s’est ensuite terminée dans une orgie de sons et de monde sur le stage, digne du retour sur scène des très attendus adorateurs de la perruche.
In a fung DAY T s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur, mais en version améliorée. Le tout est parfois plus nuancé et mélodique, équilibré et senti, mais garde son côté « rentre-dedans». Le groupe s’est laissé davantage guider par son propre instinct et a laissé libre cours à ses élans créatifs, et ça s’entend. Les chansons Gainsbourg et S.O.H… (balades plaintives frisant le no wave), Narcisse, et dans le plus dansant, L’ordre des secteurs, constituent selon moi les moments forts de l’album. Enfin, In a fung DAY T est un excellent album et la troupe poursuivra son pèlerinage explosif en tournée un peu partout dans l’année à suivre.
Allez les voir, parce que depuis la mort de leurs grands frères Les Georges Leningrad, il ne se fait plus grand-chose de si éclaté et frénétique dans notre belle province.
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Par Mélanie Boivin











