MATCH: LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

Match de Stephen Belber

Aaaaah! La recherche de la vérité : quel thème inépuisable que cette quête sans cesse renouvelée depuis la nuit des temps et qui, manifestement, s’avère résolument stérile et toujours à recommencer, surtout quand il s’agit de la vérité qui entoure les origines. Cela a donné de très bons romans, de très bons films et de très bonnes pièces de théâtre comme ce Match que nous propose le théâtre Jean-Duceppe.

Dans un appartement new yorkais qui a tout à fait l’air de l’appartement d’un écrivain et où je vois un clin d’œil à l’autre occupation de Robert Lalonde qui tient le rôle principal, vit un ex-danseur maintenant professeur à Julliard, Tobias Powell. Il attend une jeune femme qui a sollicité une rencontre afin de lui poser des questions pour un mémoire de maîtrise sur la danse dans les années 60, époque où il a été une figure marquante. Lisa arrive accompagnée de son mari, Mike et alors qu’on sent un malaise chez elle, c’est carrément de l’agressivité qui émane du comportement de Mike. Tobias pérore sur la scène artistique de ses années de formation et sur le climat débridé qui y régnait mais il est manifeste que les deux visiteurs possèdent des motivations autres que l’écriture de ce mémoire. Mike croit que Tobias, qui a eu une aventure avec sa mère, une danseuse qui a abandonné sa carrière pour l’élever, est le père qu’il n’a jamais connu et il est venu pour régler ses comptes avec cet étranger qu’il tient responsable de tous les petits malheurs qui ont marqué sa vie. Mike est le grain de sable qui s’est glissé dans une huître et qui n’est pas devenu une perle.

Mais la vie est compliquée et Match rend très bien compte du fait que les choix que l’on peut faire dans la vie ont parfois des conséquences fâcheuses pour d’autres que nous, ces êtres innocents prisonniers d’un filet de souffrances ou de circonstances qu’ils n’ont pas voulues et qui ont été causées par des décisions totalement justifiables mais aussi égoïstes. La pièce de Stephen Belber pose donc la question de la responsabilité face à tout cela et d’un possible rachat. Est-ce que Tobias aurait du laisser tomber ses ambitions de danseurs et reconnaître son fils? S’impliquer émotivement et financièrement auprès de lui au prix d’une brillante carrière qu’il désirait plus que tout? Les gestes qu’il a posés (car il en a posé) sont-ils arrivés trop tard pour compter auprès de ce fils rempli d’amertume et de colère face à ce géniteur invisible?

Ce sont là les enjeux de Match et tout cela est très bien rendu dans un texte à la fois amusant et profond desservi par un casting parfait. Robert Lalonde, qui se fait trop rare au théâtre à mon avis, est sensationnel en ex-danseur dont il adopte la dégaine et la posture physique tout en rendant l’aspect artiste névrosé et narcissique qui va de soi avec le territoire. Marie-Chantal Perron qui, au premier acte se fait discrète, nous étonne complètement dans la deuxième partie avec un jeu nuancé parfaitement en accord avec son personnage et Alexandre Goyette, le fils frustré devenu détective, véhicule parfaitement la colère et la peine qui l’habite ainsi que l’incompréhension totale face au style de vie de ce père qui n’est, somme toute, qu’un étranger pour lui. La traduction du texte par Michel Dumont est adéquate mais j’ai tiqué à l’utilisation de sacres québécois dans un univers dont on veut manifestement souligner l’américanité et l’ancrage dans la ville de New York. J’aurais préféré des « Fuck » plutôt que des « Chriss ».

Il y a des moments très amusants aussi qui ne sombrent jamais dans le cabotinage et une finale qui n’est ni moralisatrice, ni mielleuse comme cela aurait pu être. C’est une finale qui nous fait saisir, une fois de plus, qu’il n’y a pas toujours de réponses simples à de terribles et importantes question ni de solutions limpides à de complexes et déchirantes situations. On fait ce qu’on peut, c’est tout.

Par MC5

Match est présenté au théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 15 octobre 2011