Claass, s’inscrivant activement dans cette lignée d’artistes indépendants et passionnées, s’est associé à Machette records pour graver sur un microsillon les 5 morceaux de leur maxi, Smile at the void, sorti le 8 février dernier. Le groupe était donc convié à clôturer la fête armé de leur post-punk électro tantôt sombre et graphique (Run, Pretend), tantôt pop et dansant (Tension, Same sound). Pour l’occasion, j’ai rencontré les 3 membres du groupe, Alexander Ortiz et Vincent Lévesque (aussi de We are wolves) et Jordan dare (aussi Dj et producteur) une journée où ils étaient particulièrement loquaces. Nul besoin d’en rajouter, je vous le donne en mille!
Nomag : Pourquoi vous êtes vous associés à Machette records pour sortir votre maxi en vinyle?
Alex : On a comme une certaine fascination pour le vinyle. Tant pour le rapport avec l’objet que pour la qualité sonore. Le fait de prendre le temps de déposer un disque sur la table tournante, d’aller t’asseoir avec la pochette, de lire les textes. On voulait absolument le sortir en vinyle. Et c’est aussi qu’à ce moment-là, David était intéressé à sortir le EP.
Vincent : Je pense aussi qu’ils font vraiment ça par passion. C’est cool du monde qui prennent des risques par passion. Aujourd’hui, il n’y en a vraiment pas beaucoup de risques qui se prennent dans la musique.
A : D’avoir ce rapport-là avec quelqu’un qui est passionné de musique sachant très bien qu’il ne va pas générer de l’argent avec ce produit-là. Aussi, il y a quelque chose de particulier, David c’est un trucker! J’aime l’idée qu’il soit trucker et qu’il ait un label en parallèle. C’est comme une double vie!
V : Il écoute du Grindcore! Il écoute des affaires super heavy!
N : Il écoute du Grindcore dans son truck…..
A : Je pense que dans son truck il n’écoute plus de musique. C’est Radio Can! C’est un drôle de gars!
N : Pourquoi avoir attendu 4 ans avant de sortir un EP?
V : On se le demande maintenant pourquoi on a attendu 4 ans. C’est récemment qu’on s’est rendu compte qu’on avait un band et qu’on l’aimait.
A : Je pense que c’est aussi parce qu’on avait notre projet avec les loups (We are wolves) et Jordan aussi avait ses projets en parallèles. À force de discussion on s’est dit : « On devrait jouer! ». Jouer un peu de la même façon que WAW a commencé : entre amis et en partageant une passion commune. On s’est retrouvé à jouer sans la préoccupation d’être un band officiel qui participe à une industrie et à une scène. Sans vraiment avoir le besoin d’exister. Juste exister dans l’expérience d’être ensemble et de jouer de la musique. Et étrangement on a sorti le EP et on a fait 3-4 nouvelles tounes qui correspondent mieux à ce qu’on vit en ce moment dans notre musique. Claass ça fait 3-4 ans qu’on joue ensemble, alors en 3-4 ans tu vis différentes émotions, tu écoutes différentes musiques et tu apprends à jouer aussi à travers ça. C’est un peu étrange, on sort un EP qui est un peu en retard dans nos têtes.
N : Vous dites que vous avez formé Claass pour aborder un nouveau son, explorer différentes avenues. Dans ce cas, vous auriez pu travailler carrément avec d’autres personnes et former deux groupes séparément. Pourquoi avoir décidé de faire un autre band ensemble (Alex et Vincent) et qu’est-ce qui fait que vous travaillez bien tous les deux?
A : C’est une bonne question….
V : Ouais, ça fait longtemps qu’on travaille ensemble! (l’air de le réaliser!)
N : Est-ce que ça fait longtemps que vous vous connaissez?
V : Ça fait 15 ans qu’on se connaît. On s’est connu au Cégep en Arts. On est allé à l’Université en Arts après. On a habité ensemble, travaillé ensemble…
A : Ouais, c’est vrai! On dirait que tu ne le réalises pas jusqu’à ce que tu te retrouves à répondre à la question… je trouve que la communication est toute simple. Pour moi jouer de la musique c’est un mode de vie. Tu partages beaucoup plus que de simples idées sonores. C’est une question d’attitude et de partager ensemble ce mode de vie.
V : On a appris à jouer de la musique ensemble. On se comprend dans nos références. Avec d’autres ça ne se ferait peut-être pas de la même façon. Il faudrait expliquer nos références.
N : Est-ce que le fait que Claass soit indéniablement comparé à WAW vous dérange ou au contraire, ça vous sert bien?
A : Ça à la limite c’est un peu chiant. Ça teinte un peu la vision de bien du monde, mais c’est inévitable. Moi j’ai découvert bien des bands parce que j’aimais un certain groupe, qu’ils avaient un projet parallèle et par curiosité, j’allais voir ce projet-là. Même si c’est du country et que le gars fait du Grindcore, je peux quand même apprécier ça. Ça ne fait pas partie de nos préoccupations. Ça sort et des fois, oui on va voir l’espèce de rapport direct avec le son de WAW, alors on essai de se détacher de ça.
V : En même temps ça arrive rarement parce que les trucs qui sonnent vraiment WAW on les fait avec WAW. C’est un peu pour ça qu’on a un autre band, pour se permettre autre chose.
N : Jordan, toi qui est habitué d’être seul derrière tes tables tournantes et tes consoles, comment trouves-tu le fait de te retrouver sur scène avec un band?
Jordan : C’est extrêmement différent! Dans un set de DJ, tu es vraiment dans ta bulle. Quand tu es avec un band tu peux compter sur les autres tandis qu’en tant que DJ, tout repose sur toi.
N : Est-ce que tu aimes jouer en band?
J : Absolument! Émotionnellement c’est vraiment différent. C’est vraiment plus intense que de faire jouer des platines. Quand tu fais jouer des albums, tu peux être distant tandis que quand tu fais un show, tu ne peux pas être distant. Tout est dans la projection de l’émotion. En spectacle, ça ne sort pas d’un speaker, ça sort d’ici (la poitrine). Quand tu es DJ, tu projettes la musique de quelqu’un d’autre alors c’est vraiment moins impliquant émotionnellement.
N : Vous prônez beaucoup le DIY. Comment cela se traduit-il avec Claass?
V : C’est une nécessité de le faire.
A : À la limite c’est quasiment plus simple, plutôt que de dépendre de quelqu’un ou d’attendre après quelque chose. C’est passionnant de le faire soi-même. Tu le construis, tu le vois, tout le processus de création est enivrant. C’est dans cette optique là que je te disais que la musique c’est aussi un mode de vie, une façon de penser. Il y a du monde qui font un show et dans leurs têtes, ils sont déjà des rock star. Ça prend beaucoup de temps. Tu fais beaucoup de chemin. Souvent, tu arrives à quelque part et tu manges n’importe quoi, tu dors un peu n’importe où. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on s’imagine, de la vie des Rolling Stones!
N : Comment trouvez-vous la scène musicale montréalaise? Est-ce que le fait de vivre à Montréal a un impact sur votre musique?
A : Il y a une communauté musicale, de scènes, de salles de spectacles, de petits cafés. Tout ça fait aussi partie du réseau DIY. Toute cette mentalité-là et cette façon d’approcher la musique, c’est sûr que ça un impact sur nous.
V : Je pense qu’en général Montréal est une ville où il est possible de faire les choses autrement. Les bands à New-York, ils sonnent N-Y. Chaque année, tu as un son N-Y et tous les bands veulent y adhérer. Il y a quand même un son Montréal, mais c’est OK d’essayer. Le moule est pas aussi fort parce que la vie est assez facile.
A : Et il n’y a pas autant de capital. Pas autant de pression économique. Ici, souvent tu vas espérer sortir un album si tu as une certaine subvention, sinon tu vas te démerder pour le faire toi-même ou avec des amis. C’est souvent le contraire qu’à N-Y ou en Angleterre. Ces gens-là ont une visée et il faut que ça marche parce qu’il n’y a pas de subvention pour les aider. Alors il faut qu’ils se démerdent. Souvent ils vont faire un genre de rock, ils vont réaliser que ça ne marche pas du tout et que finalement, leur plaisir est un peu relié au fait que ça pogne. Alors ils vont travestir un peu leur son musical pour finalement sonner comme le moule préfabriqué. Ils veulent entrer là-dedans pour essayer d’avoir un gérant et de faire des shows, pour finalement jamais avoir à rouler de fils et à transporter d’amplis. Ceci étant dit, il y a quand même de très bons bands qui sortent de ce moule-là, qui ressortent de ça.
N : En terminant, vous êtes en tournée présentement. Comment ça se passe?
V : Ça se passe bien. Ça se passe mieux que ça s’est jamais passé à l’interne. Il y a toujours un espèce de feeling de danger avec Claass. On sait jamais trop trop ce qui va se passer. On n’a pas jouer les chansons si souvent que ça alors on est toujours un peu dans l’urgence et dans des situations pas possibles. Et je pense que maintenant qu’on maîtrise plus les tounes, le danger vient d’ailleurs. On le crée!
Par Mélanie Boivin







