THE INNKEEPERS: WHO YOU GONNA CALL?

Chaque année, Fantasia nous réserve des surprises. Certaines sont planifiées longtemps d’avance, d’autres sont préparées en vitesse puis ajoutées au programme comme on ajoute son assiette sale dans l’évier de son coloc en train de laver la vaisselle. “Une de plus, une de moins, comme ça, vite fait, allez…” Cette année ne fait pas exception et si la grande surprise n’est ni surprenante (remarquez, j’avais mis mon 2$ sur Sector 7), ni excitante, puisqu’il s’agit de Final Destination 5, c’est une toute petite surprise qui n’est apparue que sur le radar des cinéphiles et des amateurs de cinéma de genre qu’il faut souligner aujourd’hui. Présenté hier soir devant une salle aux deux tiers vide, The Innkeepers pourrait fort probablement être le meilleur film d’horreur depuis quelque temps.

Torrington, au Connecticut, est l’un de ces petits bleds de la Nouvelle-Angleterre où le temps s’est arrêté quelque part au courant des années 1970. On y trouve, sur la rue principale, le Yankee Peddlar Inn, un hôtel, tout ce qu’il y a de plus charmant, bâti vers le milieu du XIXe siècle et dont les belles années sont maintenant derrière lui. Condamné à la fermeture, l’hôtel est presque vide pour son dernier weekend, et ses deux seuls employés, Claire (Sara Paxton), jeune et mignonne tomboy indépendante, et Luke (Pat Healy), un geeko-hipster paresseux, se sont donnés pour projet de rendre sa popularité au Yankee Peddlar en exploitant ses histoires de fantômes.

En bout de ligne, même s’il est à l’origine de l’entreprise parce qu’il a mis sur pied un bout de site web geocities incomplet à propos des phénomènes paranormaux du Yankee Peddlar Inn, Luke ne semble pas intéressé par l’affaire si elle lui demande des efforts. Claire, quant à elle, est intriguée et voudrait bien établir le contact avec les esprits qui hantent l’hôtel. Son enthousiasme s’estompe rapidement quand elle trouve enfin ce qu’elle cherche.

La réalisation, les images et le montage que signe Ti West (The House of the Devil, The Roost) sont impeccables, et l’humour avec lequel il parvient à faire tenir son histoire limitée dans un lieu restreint font non seulement de The Innkeepers l’un des films d’horreur les plus réussis depuis fort longtemps, mais également l’une des comédies les plus drôles de la présente édition de Fantasia. Ayant vraisemblablement compris que les esprits, à eux seuls, ne peuvent garantir le succès d’une histoire de fantômes, West fait usage d’une judicieuse combinaison d’humour et d’atmosphères lugubres pour déstabiliser son auditoire. Spielberg avait compris, en montant Jaws, qu’il n’arriverait à exploiter la confiance de son auditoire qu’une ou deux fois, après quoi, celui-ci se méfierait de ses stratagèmes, et c’est ce que Ti West a appris également, si bien que suivant un long préambule souvent angoissant, la finale haletante se révèle fort efficace.

The Innkeepers trouve une partie de son inspiration dans The Shining – l’interprétation de Kubrick, du moins – et une autre partie dans l’humour cynique de la génération MTV, qui se traduit généralement par des dialogues rythmés entre les deux protagonistes. Les atmosphères qu’exploite West rappellent aisément celles que proposaient les épisodes d’Unsolved Mysteries à l’époque. Paxton et Healy jouent juste et leur naturel leur permet d’élever leur performance au-delà du singulier convaincant. L’avertissement est sincère, si les histoires de fantômes vous rendent paranoïaque quand vient le temps de dormir, The Innkeepers n’est peut-être pas pour vous.

Pour ceux que ça intéresse, le Yankee Peddlar Inn existe bel et bien à Torrington, au Connecticut, et c’est d’ailleurs là que le film fut tourné. La séquence d’ouverture est conçue à partir de véritables images d’archives et il existe véritablement des légendes au sujet de fantômes habitant l’hôtel, lesquelles sont “documentées” sur Internet.

par Alexandre Paré