STEEL PULSE: EN FORME ET EN PHASE

Au lendemain d’un show de Prince, qui plus est, dans la même salle, mes attentes du spectacle de Steel Pulse étaient plutôt basses. Bien que je connaisse mieux le répertoire du groupe anglais que du Love Symbol, j’ai trop souvent assisté à des performances décevantes de «légendes»  du reggae au cours des dix dernières années en Europe. Pourtant, Steel Pulse a sorti son épingle du jeu, en offrant une performance engagée et inspirée.

J’ai appris trop tard que le légendaire Ernest Ranglin ouvrait la soirée; j’ai dû me contenter de la dernière note du concert. Âgé de 79 ans, Ernest Ranglin est le parrain de la scène ska jazz de la planète. Guitariste hors pair, il continue de fréquenter les scènes et festivals internationaux, aussi à l’aise dans le monde du reggae que dans les événements jazz plus officiels. Peut-être aurez-vous déjà entendu le titre «Surfin»…

Comme à l’habitude lors des shows reggae (voir article de Felix Dyotte sur Alpha Blondy) les musiciens de Steel Pulse s’installent sur scène sans leur leader et ouvrent la soirée avec un medley de riffs classiques du reggae, sorte de soundsystem live. Je suis plutôt agréablement surpris de la tournure dub et moderne de cette introduction, pleine de samples, d’autant plus que les deux acteurs digitaux sont des quinquagénaires derrière des claviers.

Une fois la salle réchauffée, c’est au tour de David Hinds, créateur et chanteur d’origine du groupe, de faire son entrée. Le show commence alors très fort avec quelques classiques de Steel Pulse comme «Blues Dance Raid» ou «Worth his Weight in Gold». Les arrangements sont plutôt fidèles aux enregistrements originaux. Les forces du groupe sont encore présentes, à savoir la voix très particulière de Hinds (toujours aussi performante) qui peut parfois rappeler celle de Sting dans les périodes reggae de The Police.

Je reconnais aussi ce style d’écriture musicale un peu plus complexe et mélodique que leurs compères jamaïcains, peut-être dû aux influences diverses de la culture anglaise fin 70′s. C’est pourquoi Steel Pulse ont toujours fait parti de mes chouchous en reggae, plus de lignes et changements d’accords complexes, stops et breaks surprenants, une recherche musicale plus poussée.

Malgré plusieurs membres fraichement recrutés, on peut sentir une belle énergie de band: le bassiste apporte un dynamisme et soutient parfois le devant de la scène en animant la foule. Un des autres membres fondateurs, Selwyn “Bumbo” Brown, la barbe grisonnante, ajoute quelques parties de chant ragga que le public semble apprécier. Le guitariste, quant à lui, s’aventure dans des solos rock fuzzés. Le fils de David Hinds, Baruch, fera aussi une apparition pour un rap improvisé. Je me régale des classiques «Steppin’ Out», «Chant a Psalm» ou encore «Your House».

Steel Pulse quitte la scène après un premier petit set, puis se montre généreux en jouant quasiment la même durée en rappel.

Le chanteur prendra cinq minutes pour prouver l’implication de son groupe dans le soutien des Haïtiens suite aux tremblements de terre, en utilisant quelques mots en français très appréciés par le public (haïtien en grand nombre). Il expliquera que l’on peut faire des dons sur leur site internet steelpulse.com. Enchaîneront ensuite les titres «Worth his Weight in Gold» et «Leggo Beast».

Formés en 1975 (!), Steel Pulse ont encore des choses à dire, et même si on sent que le public est surtout présent pour les classiques, le groupe garde une véritable joie de la musique: il prépare même un nouvel album!

Pour découvrir Steel Pulse en douceur:
http://www.amazon.com/Smash-Hits-Steel-Pulse/dp/B000002HBN

par Julien Fargo