Loin de notre microcosme de débats et d’activités culturelles, le règne animal cache des mœurs et des habitudes dont nous ne comprenons rien. Prenons une pause de notre décrottage de nombril et allons voir ce que mijotent ces autres êtres qui se foutent qu’on leur fasse de la pub.
Aujourd’hui à l’Hebdromadaire, entretenons nous sur les bettas. Pas les cassettes qui ont perdu le combat contre les plus fortes et abruties VHS, mais bien ceux qui ont deux T et gagnent tous les combats: il s’agit du petit poisson qu’on appelle le Combattant, ou Betta splendens dans une langue que je ne connais pas.
Je les aime principalement parce qu’ils ne coûtent pas cher et se suffisent d’un petit bocal minable et d’aucun autre partenaire. Si on en prend un et qu’on le fout avec un autre betta, ils vont se fâcher et s’entretuer. Je trouve ça plate quand même, mais c’est beaucoup mieux que des animaux domestiques laissés à leur triste sort et qui se laissent mourir de solitude, comme c’est arrivé avec ma girafe de garde-robe (ben non).
Je veux vous parler des bettas parce qu’ils ont une manière atypique de se reproduire, comme presque tous les animaux marins. D’emblée, les bettas sont comme beaucoup de tits-culs à l’école primaire: les gars pètent la gueule aux filles, mais au fond sont amoureux d’elles. Alors pour éviter que le mâle dévore la femelle vivante au moment où il la voit, on les met dans des bocaux différents placés un à côtés de l’autre, histoire que le mâle puisse se masturber mentalement devant l’image d’une femelle, avant d’apprendre à en rencontrer une en vrai. À ce moment, une écume s’échappe de sa bouche et forme des petites bulles qui montent à la surface de l’eau. C’est sa façon de «baver pour une fille». Pendant ce temps, la femelle aussi s’excite: elle s’y prend en changeant un peu son look, pour avoir l’air plus sexy. Ses rayures, d’ordinaire horizontales, vont changer d’orientation pour qu’elle ait l’air plus mince. Car la femelle en effet grossit: son ventre se remplit d’œufs.
C’est maintenant le temps de la première date. Avec un peu de chance, si les deux sont à la fois en chaleur et en humeur, il ne se battront pas jusqu’à la mort pour ensuite se dévorer vivants (comme ce serait gentil!). Ils feront l’amour, séance durant laquelle le mâle va étreindre la femelle pour lui sortir les œufs fécondés du corps. Ça sonne sauvage comme ça, l’amour technique bouteille de ketchup, mais je suis sûr que c’est romantique pour eux. Ce qui est vraiment sympathique aussi, c’est que le mâle va prendre les œufs un par un et aller les déposer dans son nid de bulles (précédemment faites avec sa bave), où les petits bébés séjourneront jusqu’à éclosion.
Normalement, le mâle va ensuite s’occuper de ses bébés pendant au moins trois mois, mais ça, c’est si sa fibre paternelle est belle et bien là. Sinon, devinez ce qui va arriver? Il va les manger, bien sûr. Même chose avec les bébés: à partir de quelques mois ils apprendront qu’il existe des différences entre les gars et les filles. Il faudra donc les séparer avant qu’ils s’entretuent, réalisant que c’est dans leurs gènes d’être épais et sexistes.
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par Félix Dyotte / collage par Félix Dyotte / dessins par Virginie Beauregard-D.









