Je prends du retard, pardonnez-moi. En fin de compte, je finirai sans doute par vous parler des films que j’ai vus la semaine dernière seulement la semaine prochaine. Mais bon, ce n’est pas si grave puisque ces films ne sortiront probablement pas ici, ou, s’ils sont distribués, ce ne sera probablement pas avant longtemps. Il vous faudra peut-être trouver d’autres moyens de les dénicher si vous tenez à les voir, mais c’est bien ça la beauté d’un festival comme Fantasia. À quoi bon ne projeter des films qu’on trouvera sur nos écrans d’ici quelques mois? Les films dont je vous parle aujourd’hui ne seront fort certainement jamais distribués au Québec. C’est triste parce qu’ils sont très bons tous les trois…
Underwater Love (Japon, 2011, 87 min.)
On arrive généralement à classer les films que l’on voit dans des catégories, des genres, des sous-genres ou des combinaisons de ceux-ci. Underwater Love appartient aux films qui échappent à la classification, ce qui, en soi, nous permet donc de les classer au sein d’une catégorie: les inclassables. Le hic c’est que si la classification des films permet ensuite de les comparer aisément, la catégorie des inclassable, quant à elle, rend la comparaison difficile puisque ceux qui s’y retrouvent n’ont généralement en commun que la caractéristique d’être inclassables. Mais qu’importe si ce n’est pas cela qui les rend intéressants? Le film qui nous intéresse ici n’est pas porno, même si plusieurs scènes sont si explicites et que la régie du cinéma en ferait des cauchemars s’il fallait qu’on le présente autrement. Il est d’une absurdité hilarante, naïf sans être niais ou mièvre. Les numéros chantés et dansés n’en font toutefois pas une comédie musicale comme les autres, et vous ne risquez pas de tomber sur une adaptation d’Underwater Love sur Broadway… quoique. Bref, s’agit-il d’une comédie musicale porno?
Mais puisque je vous dit qu’on s’en fout!
Même l’histoire, je vous la résumerais qu’on ne serait pas plus avancés. Ce qui importe c’est que la photo dynamique de Christopher Doyle, à elle seule, vaut le déplacement. Ce qui importe également c’est que la bande sonore originale du duo français Stereo Total, à elle seule aussi, vaut le déplacement. Et ce qui importe, encore et ensuite, c’est que la réalisation bon-enfant et maîtrisée de Shinji Imaoka, elle aussi vaut le détour. La combinaison des trois fait d’Underwater Love une expérience unique au bout de l’absurde qui figurera assurément parmi mes films préférés de cette édition du festival.
Le film sera projeté une dernière fois samedi soir, le 23 juillet à 23h55 à la salle J. A. de Sève. La salle est petite, alors, you snooze, you lose.
The Unjust (Corée du Sud, 2010, 119 min.)
À la suite des multiples allégations de corruption dans le milieu de la construction et aux divers paliers de gouvernement de la province, et dans la tourmente des événements liés aux écoutes électroniques de l’empire médiatique de Rupert Murdoch, The Unjust ressemble plus à un bulletin de nouvelle qu’à une oeuvre de fiction. L’histoire complexe et tordue imaginée par Park Hoon-jung fait état de la relation perverse qui existe entre les corps policiers, l’appareil judiciaire et des entrepreneurs sans scrupules. Dans un Séoul particulièrement malsain, la police est à la recherche de l’auteur d’une série de crimes sexuels à l’endroit de jeunes enfants. Aux suites d’une bavure, les enquêteurs se retrouvent sans suspect alors que la population s’impatiente. Les hauts gradés font alors appel à un capitaine aux méthodes, disons, douteuses, afin qu’il leur livre un nouveau suspect qu’il devra fabriquer de toutes pièces pour que l’on puisse le servir aux procureurs et clore l’affaire. Il sera ainsi question d’enveloppes brunes, de conversations enregistrées, de règlements de comptes et de meurtres.
La réalisation de Ryoo Seung-wan (Crying Fist, City of Violence), impeccable, permet à The Unjust de s’émanciper du genre policier auquel on aimerait bien le confiner. La sensibilité et l’humour dont fait preuve le réalisateur fait du film le plus accompli de sa filmographie jusqu’à présent. La langue et les noms des personnages rendent parfois sa compréhension difficile et c’est ce qui fera sans doute que le film ne se retrouvera pas sur le radar des distributeurs. C’est le lot, d’ailleurs de la plupart des films orientaux. Ses qualités filmiques font néanmoins de lui l’un des thrillers magouilleurs les mieux construits depuis The Departed. Ça tombe bien parce que j’imagine facilement qu’Hollywood puisse éventuellement en faire un “remake” et, tant qu’à ça, on serait bien avisé de demander à Scorcese. Ça serait dans ses cordes. En attendant, The Unjust aussi figurera parmi mes films préférés de cette édition du festival.
Bleak Night (Corée du Sud, 2010, 116 min.)
Bleak Night prend la forme d’une enquête que mène un père à la suite du suicide de son fils. N’allez cependant pas penser qu’il s’agit d’une enquête trépidante qui vise à dévoiler une conspiration ou un crime quelconque. Ki-tae est mort, c’est tout, et son père tente de comprendre pourquoi un de ses meilleurs amis, Hee-june, avait changé d’école peu avant son suicide et pourquoi l’autre, Dong-yoon, ne s’est même pas déplacé pour assister à ses obsèques. C’est en fin de compte, à travers le souvenir des deux amis de Ki-tae que l’on arrive à saisir la complexité de la relation qui liait les trois adolescents et des tourments qui l’ont finalement poussés au suicide.
Le film suit un parcours lent et sinueux et le réalisateur Yoon Sung-hyun parvient à faire le portrait de la vie adolescente en évitant les pièges de la condescendance et de la caricature. Dans la recherche d’une explication, on n’arrivera qu’à comprendre ce que les deux amis de Ki-tae parviendront à comprendre eux même des circonstances entourant son suicide. Le père de Ki-tae, quant à lui, ne trouvera que des réponses partielles aux questions qu’il se pose au long d’un récit sensible et sophistiqué.
Bleak Night, comme The Unjust, s’insère bien dans le mouvement de la nouvelle vague Coréenne et démontre, une fois de plus, sa pertinence et sa polyvalence.
Lisez mes autres critiques ici et ici.
par Alexandre Paré






