BAIE-SAINT-PAUL: COMPLETEMENT LOUFOQUE

Baie-Saint-Paul nous entraîne dans un tout autre univers. L’équipe d’enquête sur les crimes de l’endroit doit faire la lumière sur un meurtre bizarre : la propriétaire de la principale galerie d’art de Baie-Saint-Paul, Henriette Girard, est retrouvée assassinée. Elle est étendue sur une étoile à cinq branches faite de sauce à poutine, elle a des bouts de laine autour des poignets, une peau de castor et un long fil de téléphone sur le corps…

Les principaux suspects sont des artistes dont les œuvres ont été refusées par la galerie, dont entre autres Hector Camirand qui donne des  performances artistiques consistant à laisser le public choisir comment il doit habiller un castor empaillé.  Un autre des suspects est une jeune femme qui croit que l’art  est de s’enrouler dans un long fil de téléphone et de danser sur de la musique techno.  Les enquêteurs, dirigés par le super-incompétent Capitaine Jacques Bilodeau (André Perron) se creusent les méninges et doivent agir rapidement parce que les meurtres se succèdent à un rythme fou.

Tout là-dedans est complètement déjanté : les agents sont tous plus nuls les uns que les autres, peureux, couards et paresseux, sauf l’inspectrice Julie Dubuc (Eve Landry) qui se bat et sacre comme un vrai gars et qui résoud le crime, résolution que s’appropriera sans vergogne son supérieur, le Capitaine Bilodeau.

J’ai rarement tant ri. La pièce, bien évidemment, fait référence à toute cette série d’émissions extrêmement populaires où les enquêteurs utilisent des techniques sophistiquées pour retrouver les auteurs de meurtres parfois très étranges et aux mobiles plutôt obscurs. CSI : Baie-Saint-Paul fait cela mais tout croche. Avec l’aide de projections vidéo très amateur, de quelques accessoires et des bouts de n’importe quoi et aussi avec la participation du public : une dizaine de personnes qui sont partie prenante du spectacle et qui s’en tirent fort honorablement. Le résultat est complètement loufoque et très, très réjouissant. J’aime beaucoup ce type d’humour absurde qui tire ses racines de la parodie et de l’exagération rabelaisienne et le public de lundi soir semblait apprécier au centuple les folies sans nombre et les répliques juteuses qui fusaient de la scène.

Les comédiens sont tous excellents. Laurent Trudel, en Agent Chabot, est particulièrement cocasse et convaincant en type aux prises avec de sérieux problèmes de santé mentale et Sébastien Leblanc, qui joue le très, très nul Agent Godbout, est irrésistible de drôlerie. Précisons aussi qu’il y a une histoire, là-dedans, une structure, un scénario où une fin inattendue et fort amusante apporte la résolution satisfaisante de tous ces crimes.

Car il y a de la rigueur dans CSI : Baie-Saint-Paul. On veut bien être fou, mais on l’est brillamment aux Productions de la Pastèque carrée : on donne au public un spectacle où rien n’est jamais gratuit et où on fait appel à son intelligence et à sa créativité. Et où il y a même le fusil de Tolstoï au début.

Franchement, je reverrais ce spectacle n’importe quand. Je souhaite à cette équipe de joyeux lurons de faire une tournée mondiale. Mais je leur souhaite surtout de rester dans ce domaine de la parodie bien sentie et inventive d’où l’on sort complètement ravi.

CSI : Baie-Saint-Paul est présenté au Théâtre de la Chapelle jusqu’au 28 juillet

Par MC5