WHITE DENIM: PSYCHÉDÉLISME AUX DOUANES

Tant de concerts décousus, tant de drogue, tant de choses malsaines autour du concept de la scène… mais pas ici, oh non. Ici, quand White Denim prend ses instruments, une seule crainte traverse la salle du Il Motore : « Mon Dieu, ils sont beaucoup trop sobres pour jouer. »

Une ambiance étrange règne au Il Motore. Une trentaine de personnes se tiennent debout en se dévisageant un peu, se demandant sûrement où sont les autres, faisant tinter leur bière timidement. Sous les guirlandes de Noël encore accrochées au plafond, ça ressemble à un début de soirée, un lundi, pendant que le Jazz Fest se produit ailleurs. Après une prestation efficace de The Static Jacks dont l’énergie punk se comparait parfois à celle des Libertines sans toutefois être complètement à la hauteur, Mazes a pris la scène d’assaut pour nous rappeler l’existence de l’ennui. C’était une première fois au Canada pour ce quatuor qui ne semblait pas moins que traumatisé d’être là; le guitariste faisant semblant de chanter et le batteur tentant désespérément de se cacher derrière ses cheveux, et on ose espérer qu’ils reviendront lorsqu’ils auront acquis un peu plus d’expérience. Parce qu’ils semblaient néanmoins être de fort sympathiques jeunes hommes.

Assez rigolé. Vingt personnes plus loin, White Denim est enfin monté sur scène pour entamer un jam d’introduction qui s’est enchaîné avec It’s Him, Burnished et Back at the Farm. Juste au moment où des questionnements se soulevaient à savoir s’ils allaient jouer l’album dans son intégrité, suivant le pacing et sans ne jamais s’arrêter, les musiciens ont pris un moment pour reprendre leur souffle et nous remercier. Pendant ce temps, j’ai enfin pu penser. Ça s’est passé à peu près ainsi : « Mon Dieu, ils sont beaucoup trop sobres pour jouer. Dire que je pensais que ça allait être psychédélique, cette soirée. Je ne peux pas croire qu’il y a juste 50 personnes dans la salle. Je me demande quel âge a le bassiste? Je lui donne 17 ans, je dis qu’il est Mexicain et que si je lui enlève ses lunettes il ne voit strictement rien. Et j’pense que je suis plus grande que lui. »

Trash, c’était loin de l’être. Au contraire, tout le concert s’est déroulé dans la sérénité absolue et là où les attentes d’anarchie étaient déçues, la hauteur de la performance a largement compensé. Plus la soirée avançait, plus l’énergie était présente sur scène et plus il était difficile de savoir s’il fallait se concentrer sur la musique ou sur la complexité des compositions, souvent exécutées en bloc et s’enchaînant tout naturellement. Au final, la quasi-totalité de l’album D y est passé, puis certains titres d’Exposion, de Workout Holiday et I Start to Run de Fits qui était tout simplement démente en formule quatuor. Le psychédélisme n’a pas passé les douanes? Peu importe. Les gens dansaient, ils avaient la place pour le faire, et malgré un manque de puissance sur quelques chansons comme Is and Is and Is, la soirée s’avérait être bien au-delà de ce qu’elle pouvait le laisser croire juste un peu plus tôt.

Puis comme toute bonne chose a une fin, White Denim a terminé son set et est sorti de scène. Des enthousiastes ont demandé un rappel, ont insisté, ont perduré malgré l’écho de leur voix dans un Il Motore presque vide, et les musiciens sont revenus en montant le son des amplis d’un cran. Mess Your Hair Up, Don’t Look That Way At It, James Petralli balançant son micro sur le drum et entre les cymbales, de la distorsion, le concert de White Denim se terminant sur la vibration des dernières notes de IEIEI, de l’émotion.

Visitez le site web de White Denim ICI

Par Opale Lavigne / Photos Alex Nadeau-Farley