Il y a l’humour absurde, l’humour pipi-caca-poil, l’humour juif et l’humour anglais pour ne nommer que ceux-là, il y a des classiques de l’humour, de Monty Python à Ricky Gervais en passant par notre Yvon Deschamps national qui a su élever le commentaire social doublé d’ironie vers des sommets à ce jour inégalés. Et c’est difficile de faire rire, d’aller chercher un consensus chez un auditoire qui n’a pas nécessairement une couple de bières derrière la cravate et qui n’est pas toujours désireux de s’esclaffer dès qu’il entend un sacre. C’est pour cela que, souvent, on sourit plutôt que d’éclater de rire. Et en ce qui concerne notre cinéma, s’il y a eu bien des tentatives dans le domaine de l’humour et quelques réussites, je pense à Bon cop Bad cop entre autres, il existe aussi de retentissants échecs.
J’avoue avoir trouvé le précédent film d’Émile Gaudreault, De père en flic plutôt affligeant et ne pas du tout avoir ri aux mésaventures des protagonistes de cette comédie. Je suis donc allée voir Le sens de l’humour en me disant qu’il ne s’agissait probablement pas d’un chef-d’œuvre immortel. Sauf que j’ai été charmée par cette comédie qui est, pour une fois et contrairement à bien des films arborant l’étiquette mais sans livrer la marchandise, vraiment drôle.
Deux humoristes bas de gamme, Marco et Luc (Benoit Brière et Louis-José Houde) font la tournée de clubs miteux en province avec des blagues éculées et le sentiment très net de tourner en rond. Sauf qu’il faut bien gagner sa vie, n’est-ce pas : Marco a une femme (Sonia Vachon, exquise en infirmière de soins palliatifs complètement déprimée) et Luc une sœur (Évelyne Gélinas qui sort encore de désintox mais qui est, cette fois, allée très loin dans l’émotion) qui comptent sur eux et dont ils sont le soutien moral et financier. Mais leur tournée va se transformer en cauchemar lorsque dans le petit village de l’Anse-au-Pic le psychopathe de l’endroit, Roger Gendron (Michel Côté) n’apprécie pas d’être pris comme tête de turc pendant leur spectacle. Roger kidnappe les deux olibrius qui ont l’idée, afin de sauver leur peau, d’enseigner à Roger, un être renfermé et terne à souhait, l’art d’être drôle. Ce qui les forcera aussi à réfléchir sur leur métier et sur ce qui fait qu’on a de l’humour ou pas.
L’hilarité s’ensuit.
Et c’est amusant comme tout. Il y a un bon scénario dans ce film, des rebondissements, du suspense, un revirement à la fin qu’on ne voit pas du tout venir. Les comédiens, qui ont franchement dû s’amuser comme des petits fous pendant le tournage, sont absolument convaincants et Louis-José Houde mérite une mention pour le registre dramatique qu’il livre ici. Benoît Brière est génial comme d’habitude, Michel Côté, toujours étonnant, donne une solide performance en psychopathe rural qui déteste les gens de la ville (il y a de très bonnes blagues sur les Montréalais là-dedans), Anne Dorval est magnifique et Sonia Vachon, utilisée à contre-emploi en déprimée que rien ne sort de son marasme est sensationnelle et très, très drôle. Tous les autres comédiens sont à la hauteur, on ne s’ennuie pas une minute et on rit de bon cœur à un humour qui s’élève bien au-dessus du niveau des pâquerettes. Et, ce qui ne gâche rien, Le sens de l’humour a été tourné à l’Anse-Saint-Jean et dans Charlevoix ce qui donne des prises de vue à couper le souffle. On ne peut s’empêcher de penser que la perfection ce serait de toujours s’amuser dans des paysages d’une si sublime beauté. Mais, c’est vrai, on peut le faire : aller voir Le sens de l’humour et passer ses vacances au Saguenay ou dans Charlevoix. Dieu que nous avons de la chance.
Écoutez, ce film est parfait pour l’été, c’est une comédie à l’humour intelligent, c’est léger mais il y aussi une amorce de réflexion là-dedans, bref une belle réussite qui vous fera du bien à l’âme et au zygomatique.
Le sens de l’humour est en salle à compter du 6 juillet
Par MC5






