JUNIOR BOYS: BEIGE DE CHEZ BEIGE

En regardant autour de moi, hier soir, à la Sala Rossa, je me suis dit qu’en toute objectivité, la subjectivité était tout à fait relative, puis je me suis trouvé beige. Très beige. Mais pas aussi beige que Junior Boys. Ce sera déjà ça de pris. Je me suis ensuite questionné sur la variation des beiges. Où donc se trouve le beige médian? À droite du brun et à gauche du gris? Sans doute.  Sauf qu’on peut aussi le trouver un peu au-dessus du vert et en diagonal du jaune. Complexe l’analyse d’un spectacle, tu dis? C’est relatif…

Les différents tons de beige Benjamin Moore

Il faut retourner en arrière dans le temps (dans mon temps, parce qu’à l’échelle des événements importants, l’anecdote que je m’apprête à partager avec vous score dans le négatif), environ quatre ans, peut-être plus, peut-être moins, ça aussi c’est relatif, le temps. Bref, j’étais au même endroit. Dans la même salle, disons, mais pas à la même place. À cette époque-là, j’avais choisi de m’installer un peu plus vers l’arrière et vers la droite, ou, comme on dit en mer, à tribord du stage. Quoi que ça dépende du point de vue, mais comme j’essaie depuis deux paragraphes de commencer mon article, je vais me concentrer sur l’essentiel : mon opinion éclairée de gars qui a une guestlist pour écrire une critique de show.

D'autres tons de beige

J’étais donc très excité de voir Junior Boys live à la Sala Rossa il y a quelques années. Et puis, parce que c’était surtout leur musique qui m’intéressait, je ne m’étais jamais informé davantage sur le groupe. Je me souviens avoir été ébahi par leur beigitude lorsque je les ai vus monter sur scène. Il faut rappeler aux gens que Junior Boys figure parmi les bands contemporains qui produisent la musique la plus sexy de chez sexy depuis Barry White, right up there avec Justin Timberlake, et loin devant Ke$ha. Quand le groupe est monté sur scène, donc, déguisés en finissants des HEC, ou en jeunes professionnels cocus de Boucherville à un tournoi de golf, je me suis dit que ça aurait été un paradoxe intéressant pour Bertrand Russell. Quand ils se sont mis à jouer de façon nonchalante et avec l’enthousiasme d’un animateur de Des Chiffres et Des Lettres, j’ai décidé d’aller me chercher une autre bière.

Ça. C’était il y a quelques années. Hier, j’étais content de donner à Junior Boys une seconde chance, parce qu’après tout, j’aime beaucoup leur musique. Et puis, après une première partie honnête de la part de Miracle Fortress qui aurait pu servir de soundtrack pour la filmographie complète de John Hughes, Junior Boys (ou les J-Boys, pour les intimes) sont montés sur scène, encore une fois déguisés en photoshoot de catalogue Sears. Ils ont joué leurs chansons (très bien d’ailleurs) une à une, comme sur un disque, avec l’enthousiasme d’un employé du Copie 2000. Alors je suis allé me chercher une autre bière.

Tout ce temps, la foule hétéroclite dans son homogénéité (un autre paradoxe pour Russell) semblait apprécier la performance beige des Ontariens. Sauf que le party était toujours pris à ce stade de préliminaires interrompus.

Je leur donne une cote de : beige sur beige.

http://www.myspace.com/juniorboys

par Alexandre Paré