BOOBA: ENTRETIEN AVEC UN PUNCHLINER

En 1995, Elie Yaffa, a.k.a. Booba, a.k.a. B2OBA, sortait le premier volume de ses autopsies et chantait « j’te fais saigner quand t’as pas tes règles » et « la banlieue c’est dangereux t’as raison d’te chier d’ssus », j’avais 12 ans et j’étais perplexe.

Quinze ans après sa première mixtape, le 22 novembre 2010, Booba présente Lunatic, son cinquième album, disque de platine seulement 2 mois après sa sortie dans lequel il chante « Comme un pitbul, avant d’te baiser j’te renifle le cul », j’ai 27 ans et je suis toujours perplexe.  Il y a deux semaines NOMAG me propose d’aller interviewer le rappeur alors en concert à l’Olympia, salle culte montréalaise. En journaliste consciencieux je plonge tout entier dans sa discographie afin de préparer au mieux l’entrevue. Abandonnant peu à peu mes préjugés,  je suis allé de surprise en surprise, autant sur le fond que la forme.  Rencontre avec Booba, rappeur complet, vivant avec son temps, assumant ses propos et d’une rare gentillesse. D’ailleurs, comme il le dit si bien dans le titre Comité D’Brailleurs « j’suis mauvais mais j’ai un bon fond ».

NOMAG: COMMENT TE SENS-TU DEPUIS LA SORTIE DE TON DERNIER ALBUM?

BOOBA: Très bien. On est satisfait, on a du boulot, les gens sont contents, on est contents donc ça roule. Quand tu as un bon album, derrière tout roule, tout glisse.

N: DANS LE MORCEAU EPONYME DE L’ALBUM TU ECRIS “LUNATIC DEPUIS MA NAISSANCE, A.L.I. TU AS TOUTE MA RECONNAISSANCE”, C’EST UN HOMMAGE QUE TU FAIS A TON ANCIEN GROUPE (LUNATIC EST LE NOM  DE SON ANCIEN GROUPE DANS LEQUEL IL RAPPAIT AVEC ALI, NDLR) OU UN SIGNE DE NOSTALGIE?

B: Ouais c’est un hommage, une forme de respect. On me demande toujours : est-ce que tu regrettes, etc. Non, je regrette pas tu vois, si c’était à refaire je ferais la même chose, c’est une époque que je respecte. Je crache pas sur le passé, j’ai pas de regret, je me dis pas « c’était de la merde » ou quoi. Même si ça s’est mal terminé, même si on s’est séparé, c’est aussi ce qui m’a formé, c’est grâce à Lunatic si aujourd’hui je suis là, ça a été un tournant décisif dans ma carrière, c’est comme ça qu’on m’a connu donc oui, c’est une forme d’hommage.

N: CET ALBUM ME SEMBLE PLUS PERSONNEL, PLUS INTROSPECTIF QUE LES AUTRES, C’EST UNE VOLONTE DE TA PART OU QUELQUE CHOSE D’ INCONSCIENT?

B: C’est complètement inconscient. Tout est inconscient dans ma musique dans le sens où je ne me mets pas autour d’une table avec mon équipe en disant « ok, prochain album, comment on l’appelle? Quels sujets j’aborde? ». Il n’y a pas de plan, on est pas à l’école, c’est pas une rédaction avec intro, machin, développement, objet, je sais pas quoi, j’ai oublié (rires). Moi c’est la musique, si je reçois un son comme Pitbull (morceau de l’album Ouest Side, qui s’articule autour d’un sample de Mistral Gagnant de Renaud, ndlr) forcément c’est un son un peu triste, mélancolique, donc ça appelle des choses dans cette veine là, la musique ça touche le coeur.

N: JUSTEMENT, TU TRAVAILLES AVEC LE SON DANS LE CASQUE OU TU ECRIS SANS SUPPORT?

B: A l’époque, en 95, les beats étaient tous un peu similaires « boum tchak boum tchak », tous plats donc tu pouvais écrire sur n’importe lequel. Aujourd’hui je rappe sur des beats à 60 bpm, des trucs supers lents, un peu Dirty South, donc je suis obligé d’écrire sur la musique, c’est elle qui dicte mon flow. C’est aussi pour ça que beaucoup de rappeurs français n’ont pas su faire la transition, suivre l’actualité de la musique et son développement, rapper sur des beats plus rapides ou, au contraire, super lents, ils rappent encore sur des rythmes classiques car c’est plus facile.

N: TU AS DE NOMBREUX FEATURINGS SUR CET ALBUM, PUFF DADDY, AKON, T-PAIN, RYAN LESLIE, COMMENT SE SONT FAITES LES CONNEXIONS?

B: C’est des gens que je connais. J’ai rencontré Diddy en France pour le business, il s’intéresse beaucoup à ce qui se fait et c’est un business man, il cherchait un grand nom du rap français donc on me l’a présenté, il m’a proposé de faire un remix pour Cassie à l’époque, sur le titre Me and You,  produit par Ryan Leslie justement, ensuite on est resté en contact, je lui ai envoyé un mail pour lui expliquer que je le voulais sur l’intro de Caesar palace, il m’a rappelé. Il n’y a pas eu d’histoire de contrat, le soir même il m’a fait le truc, tout simplement.

N: IL Y A DES FEATURINGS QUI TE TENTENT EN CE MOMENT EN FRANCE OU A L’ETRANGER?

B: J’aimerais bien faire un featuring avec Rihanna. J’aime bien Katy Perry aussi (rires).

N: TU COMMENCES LE TITRE CAESAR PALACE PAR “FUCK YOU, FUCK LA FRANCE, FUCK DOMENECH”. CETTE LASSITUDE DU SYSTEME FRANCAIS EST UNE DES RAISONS DE TON INSTALLATION A MIAMI?

B: Non, non, je supporte la France. J’ai toujours bougé dans ma vie, en France, à Miami; tout simplement parce que je peux me le permettre, j’ai toujours aimé voyager, c’est intéressant je trouve. J’aime être à Miami, j’aime être en France, je fais des allers retours, je suis pas exilé non plus. Mais c’est clair que je ne me suis jamais senti chez moi en France.

N: LA DISCRIMINATION EST MOINS PRESENTE A MIAMI?

B: Bien sur! Mais même ici à Montréal. Elle est moins présente dans les pays anglophones bizarrement, je sais pas pourquoi. En Angleterre tu as toutes les communautés qui vivent ensemble, en Amérique du nord aussi.

N: LE FAIT DE VIVRE LA BAS NE T’ELOIGNE PAS TROP DE LA RUE?

B: J’ai assez roulé ma bosse dans la rue pour être en connexion avec l’actualité. Aujourd’hui je suis au Canada avec tous mes potes de France, je suis toujours avec eux, je suis au courant de tout, je parle avec la France tous les jours, je suis toujours sur le terrain. Avec Internet, les journaux, je suis au courant de DSK et de Marine Le Pen. Je ne suis jamais déconnecté.

N: LE HIP HOP EST CLAIREMENT DEVENU PLUS MAINSTREAM CES DERNIERES ANNEES, NOTAMMENT AVEC L’ARRIVEE DE L’ELECTRO. SA DEMOCRATISATION A OUVERT UN CHAMP ENORME AUX POSEURS. TU PENSES QUOI DE CETTE EVOLUTION?

B: Je kiffe moi. J’écoute de tout, j’aime bien Katy Perry, David Guetta, Black Eyed Peas, Chris Brown qui fait de l’electro sur le son Beautiful People. Je suis ouvert, j’aime la musique en général, du classique au hip hop. Tant que c’est bien fait je suis dedans. Si demain Lil Wayne fait de la salsa et que c’est bien fait, ça me va. Le truc c’est toujours de ramener ton identité. Si demain moi aussi je fais de la salsa, il faut que ce soit de la salsa Booba et pas juste de la salsa.Tant qu’il y a ta touche dedans tu es capable de tout faire.

N: TES PROJETS?

B: Autopsie vol 4, gros concert le 1er octobre à Bercy, nouvel album en préparation.

N: ET LE CINEMA?

B: Je regarde les scenarios qu’on m’envoie, rien de concret, rien de bloqué mais je regarde!

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http://www.boobalunatic.com

Par Fabien Boileau

Photo 1 @ l’Olympia par Raphaël Ouellet