ALPHA BLONDY: FORMULE ÉPIQUE

Des journées de fous entrecoupées d’accréditations pour aller voir des concerts sur lesquels je n’ai pas le temps d’écrire un article à temps, ça m’a donné une idée: les chroniques en retard. Alors, plutôt que d’écrire à chaud comme doivent bien le faire tous ces journalistes assidus, j’ai décidé de vous parler de ma soirée contrastée du 15 juin passé: Alpha Blondy / Breastfeeders en deux parties et… à froid.

J’ai quitté le café Romolo et la dernière partie de la coupe Stanley au milieu de la première période, quand il y avait encore de l’espoir pour Vancouver. Ça annonçait bien mon thème de la soirée: quitter les choses en plein milieu et être sans cesse appelé ailleurs. Des fois c’est plate, des fois c’est le fun.

Je suis donc arrivé au Métropolis à la fin de Wesli, qui se débrouillait ma foi très bien à nous rappeler des grooves qui n’étaient ni strictement reggae, ni strictement afro, ni strictement jazz. Ça fait du bien les hybrides. Mais en tant que néophyte des concerts reggae, je ne me doutais pas qu’il fittait étonnamment bien dans la lignée de ces leaders à dreads et à grande gueule qui veulent conquérir le monde. Trois jolies choristes qui groovent en coeur, trois cuivres bien tight, pratiquement la même formule qui allait se répéter après l’entracte. N’empêche, on ne passe pas assez souvent ce commentaire lorsqu’un quatuor de grands slacks rockeurs en jeans serrés ouvre pour un plus gros band de grands slacks rockeurs en jeans serrés…

Le guitariste métal d'Alpha Blondy

Et bien que connaissant peu la formule classique du concert reggae, je n’ai pas vu un Alpha Blondy qui échappait à cette grande règle traditionnelle: l’entrée mystique du band qui part avec des accords de synthés langoureux qui soutiennent une voix qu’on entend mais qu’on ne voit pas: le chanteur qui se laisse attendre et chante en arrière-scène, puis apparaît comme un sauveur pour se faire acclamer de la manière la plus épique possible. (Voir ce clip.) (Et aussi, voir cet autre clip de Lee Scratch Perry qui fait la même chose.) N’empêche, j’ai été impressionné, mais quand la musique est partie, c’est une machine qui roule comme un train, et il n’y a plus trop de grandes surprises à attendre. Mais ce n’est pas le but, alors on observe le reste.

Les danseuses sont les plus cool à regarder. Parce qu’elles bougent en cœur et s’amusent. Et qu’on se demande si elles s’entendent bien avec le garçon complètement à l’autre extrémité de la scène, le guitariste métal qui porte une chemise carottée et cache son visage sous des cheveux longs. Il fait même un solo rock avec sa guitare métal à un moment donné. Un virtuose un peu mal-à-l’aisant.

Ensuite, pas d’autre grand commentaire à part que le soundman a réussi à briser le mur du mauvais son si caractéristique du Métropolis (avec son absurde plafond bas qui bloque les bonnes fréquences à la moitié arrière de la salle), et qu’il dansait en mixant, ce que je trouvais fabuleux. J’ai eu peine à terminer mon verre de M (quelle bière abominable!), et j’ai filé, parce que mon ami Pat No m’avait mis sur la guest de son concert des Breastfeeders à l’Astral, ma prochaine chronique en retard.

par Félix Dyotte / photo couverture par Franck Blanquin