WHITE DENIM: D POUR DRUG

Rendez-vous dans les années 70 avec quatre Texans qui trippent un peu fort sur on-ne-sait-quoi, White Denim frappe encore avec un album éclectique complètement aliénant, tout à son image.

D pourrait figurer pour Déconstruit, Destruction, Délire, Déliquescent, Décadent, Défaillant… mais on s’entend : D figure probablement pour Drug, titre phare de l’album, et ça lui va à ravir. Ce 4ième effort studio de White Denim marque un tournant dans la carrière du groupe qui s’est muni d’un second guitariste en 2010, puis est entré dans la grande famille de Downtown Records (Eagles of Death Metal, Justice, MSTRKRFT), mais si les changements se sont pointés à l’horizon, la musique, elle, reste passible d’amendement. Toujours aussi éclaté, D fait voler les conventions dans les airs et transgresse toutes les règles en prouvant une fois de plus l’attirance certaine de White Denim pour le progressif et la distinction.

On a toutefois déjà vu la formation dans une forme plus grandiose. Sur Exposion de 2008, un disque tout ce qu’il y a de plus solide, la force résidait dans le mariage juste et impeccable des différents courants passés et présents. Les plages psychédéliques étaient travaillées à base de jazz-fusion, de prog, d’expérimental et d’indie, le tout dans une équation concise qui permettait de se conformer au genre pour y trouver réconfort. Mais la nostalgie des balades planantes de King Crimson semble maintenant être à la base de la faiblesse de White Denim qui faille dans la précision du mélange des styles et dévoile la vulnérabilité d’une énergie déficiente sur ce nouvel album. C’est à se demander s’il n’a pas troqué sa drogue habituelle pour quelques caisses de vinasse et la discographie complète de Genesis. On cherche toujours la distorsion dans les guitares et l’imagination qu’on avait sentie sur IEIEI et Don’t Look That Way At It quelques années plus tôt.

Là où ça se corse, par contre, c’est qu’aucun titre de D ne laisse à désirer, au contraire. C’est la comparaison avec l’ensemble de l’ œuvre du quatuor qui l’handicape; le disque en soi est loin d’être un échec. Les amateurs du genre seront emportés par Burnished, Back At The Farm et River To Consider qui fait un clin d’œil gros comme le monde à Jethro Tull et les fameux solos de flûte de Ian Anderson, et il sera dur de manquer un autre hommage flagrant, cette fois à Neil Young, sur la placide Street Joy. Même Thom Yorke y passe sur Anvil Everything où le traitement de la voix a quelque chose de très Radiohead-ish. Malgré toutes les allusions qui ont habituellement un côté très dérangeant et obligent à interroger l’aspect créatif, White Denim ayant établi son audace maintes fois auparavant, D est somme toute une autre petite merveille de Texans bien insolents.

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Pour: le culot des sous-entendus, l’efficacité de Drug, les structures de chansons au profit du talent des musiciens

Contre: le manque d’expérimentation propre au groupe, l’absence de l’essence punk, le retour trop radical aux sources du progressif

NOMAG: 4 / 5

White Denim – “D” (DownTown Records) In stores May 24th

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By Opale Lavigne