Il s’agit d’un véritable tour de force que de créer un engouement sans commune mesure (voir, un interminable line-up) pour l’art d’ici. Massivart, un collectif de promoteurs culturels dont le but est de «rendre l’art émergent plus accessible, et plus présent au sein de la faune culturelle montréalaise» représente le cerveau derrière cette périlleuse opération. De l’art, en veux-tu, en vl’a ! Enfin, je n’irai pas jusqu’à dire que Massivart réinvente le concept d’exposition, mais ce n’est pas loin.
De la barbe à papa et du foie gras
Chromatic se voulait un véritable hommage à la créativité et surtout à la diversité. Si on me demandait quel aurait été le thème parfait pour décrire la soirée, j’aurais répondu «oser» ! Avec de la mousse hydrogénée au chocolat, gracieuseté du traiteur Tête de violons, et de la barbe à papa au foie gras (qui s’est d’ailleurs terminée dans la poubelle, avec une gorgée de bière, pas une fan, désolée), Massivart nous invite à dessiner nos envies, à s’immerger, à goûter, à toucher.
Pour ce faire, Massivart a su s’entourer d’une pléiade de collaborateurs qui ont de l’expérience, de l’œil, et du talent à n’en plus finir. En effet, Chromatic était chapeauté, au niveau de la direction artistique, par Kristian Manchester, directeur de création chez Sid Lee et Ximena Becerra, directrice à la Galerie d’Art Yves Laroche.
Sujet (vif du)
Les œuvres étaient présentées dans une SAT réaménagée brillamment. Sérieusement, A+ pour la disposition des éléments. Parmi les 80 artistes présents, voici mes quelques coups de cœur.
En photographie, je donne une mention d’honneur à la série photographique « La Meute» de Robert Desroches, membre du collectif créatif vidéo Foumalade, qui, a présenté des monstres-humains surréalistes étrangement beaux et romantiques.
En peinture, mon coup de cœur va à Philippe Chabot et son dyptique «Getting Comfy and process». Sa première toile présente un touchant assemblage d’abstrait avec quelques références réalistes, dans des traits bruts et durs. Puis, au centre d’une seconde toile entièrement blanche, on retrouve, en très petit processus animé, la déconstruction de la première toile. Parfait.
Je donne aussi une mention spéciale au volet mode de la soirée. Il s’agissait, en fait, d’une collaboration entre Trusst et Tryptiqu3, qui, tant au niveau des «looks» présentés, que de l’esthétique recherchée, ont offert un défilé absolument efficace. La voix majestueuse de Mekele, doublée à la harpe de l’étrange M’Michele donnait du sens à la fresque irréelle. Seul hic, à un certain moment, y avait trop de fumée et il était difficile de discerner les vêtements. J’offre d’ailleurs un battement de cœur pour le travail de la créatrice Amélie Tessier.
Pourtant, je dois avouer n’avoir porté que très peu d’attention au volet vidéo. Peut-être parce que la situation s’y prêtait plus ou moins (bruit ambiant, musique forte, gens qui se bousculent pour un gin-tonic) et qu’il n’y avait plus de place sur les coussins échoués dans le loundge aménagé pour l’occasion. En fait, c’est peut-être la seule chose que je reproche à Chromatic. Je me suis sentie, parfois, en combat entre le party et l’appréciation du travail artistique qui avait lieu autour de moi, puisque l’art visuel demande, malgré tout, une certaine attention.
Bref, Chromatic demeure un contact pertinent pour néophytes comme pour chevronnés, avec le travail des créateurs émergents de Montréal. Et étonnamment, cet assemblage d’éléments touchant à des disciplines à la fois opposées et totalement artistiques, formait un tout. Un tout très solide. Gageons que l’an prochain, vous direz vous aussi : « j’y étais ».
Par Carmel Scurti-Belley








