Oyoye! Je vais encore être obligée d’enfourcher mon cheval de bataille favori et de parler des pièces de théâtre qu’on ne devrait pas présenter parce qu’elles sont dépassées, parce qu’elles n’ont plus de résonnance, parce qu’elles sont carrément ennuyeuses.
Shirley Valentine, présentée au Théâtre Jean-Duceppe est de cette eau : écrite par l’auteur anglais Willy Russell, elle a été jouée pour la première fois en 1986 en Angleterre. L’histoire de cette ménagère de Liverpool qui décide de prendre son destin en main et d’aller passer deux semaines en Grèce loin de son mari grognon et de son univers étriqué et qui réalise qu’il existe d’autres horizons qu’elle peut explorer avait certainement du sens à une époque où les femmes se prenaient en main et transformaient à jamais l’image de la société. Loin de moi l’idée que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes car il y a encore beaucoup de travail à faire, mais disons que la situation s’est nettement améliorée si on la compare aux années 50 d’où Shirley Valentine semble directement surgir. Mais il en restait dans les années 80 de ces femmes confinées à leurs quatre murs qui avaient perpétué le modèle auquel on leur avait dit de se conformer. Et il est important qu’on le sache et qu’elles aient une voix. Mais peut-être pas celle de Willy Russell.
La pièce est un monologue, un très long monologue : le premier acte fait une heure et demie et franchement j’avais l’impression d’écouter parler une de mes tantes qui raconte n’importe quoi alors que je suis forcée d’être là par politesse et d’opiner du bonnet à ses anecdotes d’une désolante banalité. La traduction de Michel Dumont, hélas, n’est qu’une suite de clichés tous plus éculés les uns que les autres donc d’un intérêt très relatif. Cette ménagère de 49 ans n’est ni particulièrement brillante ou spirituelle, ses préoccupations sont ce qu’il y a de plus terre à terre, rien de bien transcendant là-dedans. Sa vie est médiocre et ses intérêts, ou plutôt son absence de tout intérêt, aussi. Ce voyage entrepris sur un coup de tête et qui lui apporte son lot de culpabilité va changer sa vie. Elle va prendre conscience de sa valeur, de son identité et choisir un nouveau départ. Tout cela est bel et bon, ce n’est pas un message mauvais en soi, on s’entend là-dessus, mais il est livré avec tellement de détails superflus et de digressions pas toujours heureuses qu’on le retrouve dilué au profit de l’anecdote ennuyeuse et de la farce grasse à sous-entendus sexuels.
Je dois cependant souligner le décor d’un réalisme époustouflant: Shirley est dans sa cuisine et prépare le souper de son mari. Tout est fonctionnel, le four, le rond de poêle, le frigo, la friteuse. J’ai été impressionnée. Mais ce n’est pas suffisant. Je lève aussi mon chapeau à la performance de Pierrette Robitaille, seule en scène tout ce temps, qui porte cette pièce sur ses épaules et qui est stridente à souhait lorsqu’il le faut et qui est aussi capable de rendre les différents personnages dont elle parle. Ce n’est pas de sa faute si le texte est insignifiant.
Les compagnies de théâtre devraient voir à ne pas se lancer dans des aventures pareilles : mettre en scène des pièces datées, dépassées est une perte d’argent et d’énergie. Et beaucoup de dramaturges écrivent en tenant compte de l’air du temps mais sans se préoccuper d’une vision plus large qui traverserait l’époque et ferait en sorte que le public puisse encore y trouver son compte, même 25 ans plus tard. Hé!
N’est pas Tremblay, Molière ou Shakespeare qui veut…
Par MC5
Publié le 15 avril 2011
Shirley Valentine est présenté au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 14 mai.







