Delphine et Valérie sont allées voir entre filles le show Gravity of Center de RUBBERBANDance Group.
Après, elles se sont partagées leurs impressions.
Delphine : C’est comme de la science-fiction, ça nous conduit ailleurs.
Valérie : Ça m’a fait penser à un monde de bébites, à des bébites qui sortaient de l’ombre, qui allaient vers la lumière.
D : Les danseurs se déplaçaient comme ça aussi. À chaque fois qu’ils faisaient des déplacements plus bas, au niveau du sol, surtout Emmanuelle Lê Phan, on aurait vraiment dit des petits reptiles, des petites araignées. Au début, quand les gars (ou les bébites!) ont fait la guerre entre eux pour avoir Emmanuelle, l’attention a longtemps été sur elle et il y avait une sensualité dans ses mouvements à elle. Elle était très féminine. J’ai l’impression que le chorégraphe, Victor Quijada, a respecté le style de chaque danseur.
V : Il est bon pour utiliser la personnalité de chaque danseur. Justement, j’ai trouvé génial l’idée de reprendre à la fin cette scène là où toute l’attention est sur une seule danseuse, mais avec Anne Plamondon. Elle a un style différent, un âge différent, ça donne tout un autre style aux mêmes mouvements.
D : J’ai adoré à la fin (je ne sais pas si on a le droit d’en parler) quand les danseurs ont fait une chaîne humaine. Durant le show, il y a eu des combats, il y a eu des déchirures dans leur groupe. Quand les membres du groupe se sont retrouvés, qu’ils ne voulaient plus se lâcher, qu’ils étaient toujours en train de se toucher, la chaîne là, j’ai trouvé ça vraiment hot!
V : J’ai aimé ça revoir cette scène-là une deuxième fois aussi, cette séquence chorégraphique de groupe avec des mouvements interreliés, des on-se-passe-en-dessous-du-bras-et-prends-mon-bras-pis-on-bouge-tous-ensemble, parce que c’est là qu’on voit tout le tricot qui a été fait, les minis détails pour arriver à ça.
D : L’énergie était différente les deux fois. La première fois, on dirait que les danseurs se tenaient parce qu’ils avaient peur, comme des bébites qui sortent de la pénombre et apprivoisent leur environnement. La dernière fois, c’était plus par solidarité, comme s’ils étaient passés à travers toutes sortes d’aventures et que c’était la cohésion qui les tenait plus que la peur.
V : C’était vraiment touchant quand le groupe est allé chercher le danseur (Daniel Mayo) qui était rendu tout seul derrière la balustrade, recroquevillé dans son coin. Ils l’ont retrouvé dans le noir, en fouillant dans l’inconnu.
D : Justement, quand le groupe et lui se sont perdus de vue, j’ai aimé la mise en scène. C’était un peu comme dans un film quand on voit deux séquences en alternance et qu’on suit deux récits. Dans une séquence, on voit ce qui se passe avec celui qui est seul. Dans une autre, on voit ce qui se passe avec le groupe. On n’oublie pas celui qui est seul, puis on le revoit. Tout seul, il a de la misère.
V : Oui, c’était bien le montage alterné de récits différents avec quasiment juste les éclairages, la musique, les placements dans l’espace. J’ai aimé ça que ce soit vraiment dépouillé. Ce l’était encore plus que dans une autre pièce que j’ai vue de la compagnie, Punto Ciego, dans laquelle les danseurs déplaçaient des sofas et les transformaient en cercueil et autres choses.
D : C’était les corps. Moi, j’ai vraiment aimé que chacun ait sa place. Je trouve que chaque danseur a vraiment eu l’espace pour se montrer et performer d’une façon différente. Au tour d’Elon Höglund, c’était une épreuve de force. Il a fait plus de mouvements en se tenant sur les mains, un peu plus du côté du breakdance, des poses. Les scènes où le crumping était intégré, c’était malade! J’ai l’impression que les mouvements des deux filles dans les scènes de combat au début venaient du crumping. On voyait de l’agressivité. Quand Victor a mixé des pas de ballet et des mouvements hip hop, ça m’a beaucoup impressionné. Ça m’a vraiment amené ailleurs, je n’ai pensé à rien d’autre pendant une heure et demie.
V : Tu sais quand la lumière est devenue verte?
D : On dirait que les danseurs arrivaient à une nouvelle étape de leur périple.
V : Ils avaient traversé plusieurs étapes, puis ils étaient rendus là.
D : Ils étaient arrivés dans un nouvel environnement et le découvraient. Quand les spots les suivaient (le gars des éclairages – Yan Lee Chan – a fait une super belle job), on dirait qu’ils étaient rendus dans une grotte, qu’ils n’étaient plus à la lumière du jour. Mais, je n’ai pas compris la petite lumière, au début et vers la fin…
V : Oui, j’imagine qu’on peut le voir de plusieurs de façons, comme une étoile filante ou une chandelle qu’on éteint avant de se coucher. L’histoire pourrait se passer la nuit. Au début, la petite lumière s’est envolée, puis les danseurs se sont levés un après autre, comme des bébites nocturnes.
D : Peut-être que c’est parce que j’ai regardé un peu le dossier de presse avant*, mais j’ai vu le show comme un groupe d’individus qui venaient de vivre la guerre, un bombardement. Là, ils sont confrontés à un monde qui n’est plus ce qu’ils connaissaient. Il faut qu’ils se tiennent entre eux.
V : Comme les mineurs Chiliens, pris sous la terre, qui ont dû se serrer les coudes tous ces jours-là avant de pouvoir sortir.
D : Comme s’ils étaient rendus seuls au monde. C’est pour ça que je disais de la science-fiction, comme dans les films où il ne reste que quelques survivants qui n’ont plus rien et qui continuent à survivre.
V : Comme une famille. Ses membres peuvent passer par de dures épreuves, mais rester ensemble. On va peut-être perdre de vue d’autres personnes au cours de sa vie, mais la famille va rester là. Mais, je ne comprends pas pourquoi à la fin Anne ne part pas avec les autres.
D : Moi, non plus. Peut-être qu’elle se dit : « non, moi, ça été trop rough, j’abandonne, j’aime mieux rester ici».
V : « Je vais rester ici en attendant, je vous rejoindrai plus tard, mais pas là. »
D : Je vais loin, mais on peut penser à l’immigration. Dans un pays en guerre, il y a des gens qui décident de quitter et elle dit « non, je reste dans ce qu’on a, je ne suis pas prête à quitter ». On dirait qu’elle était tellement convaincue de sa décision de rester que les quatre autres ont accepté qu’elle reste. Ils vont partir et elle va rester, mais c’est correct comme ça.
V : J’ai trouvé son solo vraiment touchant. Ça commence tranquillement, comme si elle était fatiguée. Il y a le mouvement de la main sur son visage qui revient souvent. C’était tout doux, la musique aussi. La lumière était différente. C’est une combinaison de la musique, de l’éclairage et de ses mouvements à elle qui m’a touchée.
D : Quand elle s’est rendue jusqu’au coin de la scène, qu’elle s’est mise sur la tête, qu’elle a levé les jambes tranquillement et qu’elle s’est mise à les tourner (extrêmement impressionnante), on dirait qu’elle prenait racine.
V : Oui, après on dirait qu’elle allait mieux.
D : Comme si elle disait « ok, là, mon choix est fait ».
V : Elle allait mieux, c’était correct.
D : Elle avait fait son choix. Elle avait pris le temps dont elle avait besoin pour le faire. Et voilà.
* « J’ai commencé à réfléchir à ces moments où nous avons absolument besoin des autres, ces cas extrêmes. Ça m’a mené aux réfugiés politiques, aux peuples en guerre, et j’ai réalisé que les tendances qu’on note alors chez les humains sont les mêmes dans les hordes et les meutes animales. » (Victor Quijada cité dans le Devoir du 9 et 10 avril 2011)
Par Valérie L. et Delphine L.
Publié le 17 avril 2011
Jusqu’au 21 avril 2011 à la Cinquième Salle de la Place des Arts








