C’est bien triste qu’avec un thème aussi riche et prometteur le Royal Winnipeg Ballet, l’une des meilleures compagnies de danse au Canada, n’ai pas fait davantage.
Le sujet était en or : du ballet narratif, une histoire archi-connue qui se passe dans le Paris de la Belle époque mais qu’il est possible de revisiter avec originalité, des danseurs doués bref, tous les ingrédients étaient présents pour donner un résultat haut en couleurs et chargé d’émotion. Hélas, le résultat laisse tiède. C’est d’autant plus dommage pour l’une des plus anciennes compagnies de ballet en Amérique du nord qui nous a fait connaître l’incomparable danseuse Evelyn Hart et pour qui Mikhaïl Baryshnikov s’est également produit.
L’histoire est une adaptation plus ou moins fidèle de La dame aux camélias, un amour impossible entre un jeune aspirant-peintre et une danseuse de french-cancan. Il y a des rivalités professionnelles, des patrons abusifs, des jeunes gens trop naïfs et Toulouse-Lautrec qui boit de l’absinthe. Tout ça finit bien mal, autrement il n’y aurait pas d’argument et c’est le prétexte pour nous faire entendre les classiques les plus connus de la musique et pour mettre en scène des danses appréciées de tous. Mais c’est justement avec la chorégraphie que réside le problème : Jorden Morris a pris le pari de la sagesse et j’ai cru observer un propos qui manquait de fini, de sophistication. J’adore les ballets sur pointe mais ici le classique ne laisse pas assez d’espace pour qu’on s’éclate vraiment : pourquoi ne pas avoir ajouté des éléments contemporains et des performances plus athlétiques qui auraient conféré le brin de folie qui manque à cette production?
Les numéros d’ensemble manquaient justement d’ensemble, le résultat n’était pas du tout à la hauteur de la réputation du Royal Winnipeg Ballet, on sentait même un certain laisser-aller chez les danseurs et un manque de synchronisme qui gâchait l’effet escompté.
L’atmosphère sur scène d’un ballet comme Moulin Rouge se doit d’être frénétique, on doit sentir l’énergie et l’adrénaline mais cela doit être jumelé à une extraordinaire discipline et à une chorégraphie d’une rigueur à toute épreuve afin que le tout ne dégénère pas dans une maelstrom incontrôlable qui ne veut plus rien dire. Et c’est malheureusement ce qui se passe. Et il est intéressant de noter que le plus beau moment est le délicieux pas de deux de la fin du premier acte où Nathalie (Vanessa Lawson) et Matthew (Gael Lambiotte, tout à fait mignon) nous donnent un grand moment de danse classique, complètement détaché du reste du ballet en fait, comme s’il s’agissait d’un autre spectacle.
On constate ce manque d’unité à plusieurs reprises entre autres dans la fadeur des couleurs au tout début alors que d’autres scènes donnent dans le clinquant le plus absolu. On dirait que le directeur artistique n’a pas voulu aller jusqu’au bout des nombreuses extravagances qu’il aurait pu intégrer à ce spectacle ou alors a hésité et n’a pas voulu s’aliéner les irréductibles amateurs de ballet sur pointes.
Le budget de cette production était de 500,000$ ce qui est bien humble si on le compare à celui du film du même nom qui était de 52 millions. Mais ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de créativité et de risques qui n’ont pas été pris alors qu’ils auraient pu l’être. Alors, Moulin Rouge ? Ce n’est pas atrocement mauvais, mais j’escomptais bien davantage de tout ce talent.
Moulin Rouge est présenté à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 14, 15 et 16 avril.
Par MC5








