CHILDREN & A FEW MINUTES OF LOCK: UNIQUE

J’ai des souvenirs formidables des spectacles d’Édouard Lock des années 90 mettant en scène sa muse, son inspiration, sa danseuse préférée : Louise Lecavalier. Des chorégraphies éblouissantes qui laissaient le public sans voix, des musiques envoûtantes et rythmées qui contribuaient au sortilège qui nous enveloppait et nous emportait, des représentations d’où on sortait charmés et conquis à jamais avec la très nette impression d’avoir été témoin, pendant quelques fugaces moments, de quelque chose de plus grand que nous.


Louise Lecavalier existe toujours, elle enseigne ici et en Europe et a décidé, pour notre plus grand bonheur, de monter ce spectacle Children & A few minutes of Lock présenté ici et outre-Atlantique jusqu’en 2012. S’il n’y a qu’un show de danse que vous pouvez aller voir c’est celui-ci. Il s’agit d’un moment unique, de ce genre d’événement qui vous marque à jamais.

Children commence avec un cri, qui revient de façon ponctuelle entre la musique de Leonard Cohen, de Miles Davis, de Richard Desjardins, de Janis Joplin. Il y a aussi des rires et des pleurs d’enfants et cette femme qui danse et qui donne tout ce qu’elle a. À travers la danse elle nous fait part de ses choix et de ses dilemmes entre la majorette et la guerrière, entre la jeunesse et l’acceptation de la maturité, entre la peine et la joie. Le tout est complètement assumé, magnifiquement chorégraphié et incroyablement maitrisé. Ce sont des moments rares où la gestuelle rejoint une très grande humanité, mieux encore : un formidable humanisme qui transcende la danse et qui nous élève l’âme. Car c’est la caractéristique des meilleurs artistes : ils nous prennent et nous amènent avec eux dans des lieux où on ne croyait jamais avoir accès.

A few minutes of Lock reprend des moments qui ont contribué à la renommée de Louise Lecavalier. C’est merveilleux de voir la danseuse de 53 ans revisiter cette folle gestuelle, y compris son mouvement-signature, cette envolée horizontale du corps accompli avec un total abandon et la plus absolue confiance dans le partenaire qui doit l’attraper.  Mais cette fois-ci le mouvement est adouci, il n’y a plus cette violence et cette brutalité qui était la marque de commerce de, par exemple, Infante/Destroy qui, bien sûr, nous éblouissaient mais qui nous conféraient également un sentiment d’urgence quasi insoutenable. Louise Lecavalier donne à la chorégraphie de Lock une nouvelle maturité, quelque chose de profondément humain et d’extrêmement beau.

Quelque chose de rare et de précieux. Le plus fantastique cadeau qu’un public peut recevoir de la part d’un artiste.

Ce spectacle est tout ce que la danse doit être : une trame narrative que nous sommes libres d’interpréter comme nous le voulons. De l’émotion, de l’humour, de la virtuosité, un choix musical qui vient nous chercher et nous secouer profondément et une danseuse exceptionnelle qui nous rappelle que, parfois, le temps peut ne pas avoir de prise sur nous. Car Louise Lecavalier est toujours la plus belle et la meilleure qui soit lorsqu’elle danse.

Children et A few minutes of Lock (de Nigel Charnock et Édouard Lock) est présenté à l’Usine C jusqu’au 30 avril.

Par MC5