Les auteurs de cet article habitent respectivement Montréal et New York, deux villes qui, en ce début de février, auraient pu bénéficier d’un peu de la vibe surf ‘n’ sun punk rock californienne. Malheureusement, dans la topographie musicale, la principale partie du spectacle de Wavves et Best Coast n’avait des plages californiennes que la platitude et nous a davantage fait penser aux plaines de la Saskatchewan.
En ce qui concerne leur passage à Montréal samedi dernier, on aurait d’emblée pu croire que c’était dû à des causes purement matérielles et circonstancielles : mauvais éclairage, encore plus mauvaise sono, configuration douteuse de la salle – de laquelle il nous a fallu déployer des ressources d’ingéniosité pour sortir –, ventilation déficiente et tapis malodorant. Mais le Cabaret du Mile End n’est pas le coupable. En fait, tous ces aspects ont plutôt contribué à amplifier l’atmosphère garage et juvénile qui, au bout du compte, aurait pu sauver les meubles. D’ailleurs, il semble que les spectateurs présents au Webster Hall, Manhattan, le 2 février dernier, n’aient pas eu droit à une soirée plus satisfaisante que la mienne.
Je passerai vite sur la première partie assurée par No Joy, renvoyant les lecteurs au nom du band pour une description concise mais suffisante de leur set… À moins que l’on insiste pour que je commente leur allègre brassage de cheveux et leur technique musicale pour le moins approximative, mais voilà, c’est chose faite. Sont venus ensuite les trois membres de Wavves, à qui la mauvaise sono sied si bien qu’on l’a presque oubliée. S’ils n’ont pas su rendre justice à la texture de leur album, ils en ont néanmoins offert une version live résolument plus punk qui ne manquait pas de charme. En effet, l’énergique performance de Wavves a réussi à réchauffer la salle, dans tous les sens du terme, et leur set s’est vite transformé en festival du trash et du body-surfing. Les interventions sympathiques du leader Nathan Williams et de son acolyte Stephen Pope (ancien bassiste du regretté Jay Reatard) ont enfin brisé le pacte de silence auquel No Joy s’était tenu jusque-là, et quelques téméraires jeunots auront pu en rigoler tout en épongeant leur nez ensanglanté. « Wait, this girl is bleeding. Somebody give her… a tissue ! » a lancé Williams.
C’est lorsque Best Coast a pris le relais que les choses se sont gâtées. Déjà, les ballons de plage que Wavves avait si gentiment lancés dans la foule, pour les semi-énervés qui voulaient bien taper mais sur autre chose que des gens, étaient pour la plupart crevés, ainsi que la balloune des spectateurs. C’est avec une application égale que le band a réussi à massacrer la superbe Fist City de Loretta Lynn aussi bien que ses propres chansons. Bien entendu, on n’espérait pas vivre une épiphanie littéraire ici, mais on s’attendait certainement à capter un peu plus de l’effet récréatif des perpétuelles rimes « crazy/baby » et « you/ooh ». Pourtant, les anaphores redondantes de Best Coast, dépourvues de toute la couleur qu’on détecte sur l’album (Crazy for You), ont malheureusement été soutenues par une présence sur scène qu’on pourrait qualifier de somnambulesque. Seuls quelques adolescents trop soûls ont voulu continuer de body-surfer, mais se sont invariablement heurtés… au sol ! C’est que l’attitude chiche de Bethany Corsentino avait eu tôt fait de disperser la foule – qui soit dit en passant a préféré se ruer au vestiaire plutôt que de demander un rappel. Les seules fois la chanteuse s’est adressée à ses spectateurs, ç’a été pour se plaindre de la température (ce qu’elle a apparemment fait à New York aussi) ; on a eu bien du mal à se retenir de répliquer qu’elle avait beau retourner se chauffer les fesses dans sa L.A. bien-aimée !
par Annie Goulet et Walter Forsberg, avec l’aimable collaboration de Kathleen Maguire / photos par Geneviève Philippon








