Si «les voyages forment la jeunesse», c’est qu’ils bousculent la vision du monde entraînant parfois une remise en question de ce que l’on croyait jusqu’alors naturel.
Cette démarche sert souvent d’élément de comparaison afin de se définir soi-même. La démarche du débutant suit une séquence générale, le premier réflexe étant de comparer les objets visibles de la différence : «Ils conduisent à l’envers, ils conduisent du côté gauche.» ou «Est-ce que je peux avoir un café normal, s’il-vous-plaît!». Toutefois, l’apprentissage ne s’enclenche vraiment qu’à la rencontre des gens, la réflexion se développant dans la relation interculturelle.
Les premiers contacts, souvent avec d’autres voyageurs, consistent en un échange superficiel : «Tu viens d’où, tu repars quand? Est-ce que tu connais un Mathieu à Montréal?». Peut s’en suivre une intense et sincère amitié de deux jours où chacun échange sur ses perceptions face au nouveau port d’attache en s’isolant de l’immersion.
La rencontre amoureuse est aussi une porte d’entrée transitoire pour approfondir la relation interculturelle ainsi qu’une stratégie prouvée pour apprendre une langue étrangère dans toute sa subtilité. Le sentiment d’extase amoureux permet souvent d’idéaliser contextuellement la terre d’accueil : «Grâce aux yeux de Pedro et à l’exotisme de son corps, j’en suis à penser que la tortilla est l’accomplissement ultime de la gastronomie. On passe nos journées à attendre le coucher du soleil. Il m’a fait découvrir la vraie vie».
La démarche identitaire peut être plus laborieuse lorsqu’un phénomène fusionnel se développe et que le voyageur se définit en caricaturant inconsciemment l’Autre. Dans certaines villes indiennes où les employés des «calls centers» semblent gagner en noblesse tels une nouvelle caste des temps modernes, les seuls tenues traditionnelles que l’on croise sont portés par des touristes faisant un stage de yoga dans un ashram (Est-il pertinent de spécifier que les frais quotidiens liés à cette formation spirituelle sont équivalent au salaire annuel moyen du paysan indien?). On peut aussi penser au Québécois qui prend l’accent français dès qu’il pose le pied à l’aéroport Charles-de-Gaule ou, en sens inverse, au Français qui blasphème avec légèreté tous les mots de l’Église pendant son échange interuniversitaire à l’UQAM.
Il faut environ deux mois pour s’acclimater à sa vie en contexte étranger. Cet apprivoisement passe par la création d’habitudes de vie mais surtout par le développement d’un cercle social. C’est généralement à ce moment qu’on arrête de se sentir en voyage et que la routine s’impose. On découvre ainsi que la vie est fondamentalement la même partout mais qu’il y a plus d’une façon de l’interpréter.
par Sophie MC
Publié le 14 février 2011









