Mon premier article pour Nomag se donne au Café Romolo avec Monogrenade, un groupe qui n’est pas non plus habitué à accorder des entrevues. Je ne connais le groupe que de nom, donc je fais ma recherche, comme toute bonne intervieweuse se doit de le faire. Le groupe s’est formé en 2008, initialement le projet de Jean-Michel Pigeon (ex-Winter Gloves), et présente la même année leur premier EP de 8 chansons, aux sons un peu synthé, mais quand même dark. Leur vidéoclip “Ce soir” connaît un succès viral, et en 2010, ils signent avec Bonsound Records (Yan Perreau, Marie-Pierre Arthur, Random Recipe et Radio Radio font aussi partie de la famille).
L’écoute de leur nouvel album, Tantale, m’a laissée bouche-bée: l’ambiance est planante, les arrangements sont complexes, le son est très mature. Ma curiosité était piquée. J’arrive donc armée de questions pour un groupe que je viens tout juste de découvrir, et au fil d’une heure, je découvre un band très sympathique, avec une complicité et une confiance qui se font rares, ainsi qu’une grande camaraderie, qui est rafraîchissante. Entretien avec un quatuor à surveiller.
NOMAG: IL Y’A EU BEAUCOUP DE CHANGEMENTS DANS LE GROUPE DEPUIS LE PREMIER EP. COMMENT TROUVEZ VOUS LA DYNAMIQUE DU GROUPE, MAINTENANT QUE VOTRE CHANTEUR A QUITTÉ ET QUE VOUS AVEZ MAINTENANT UNE VIOLONCELLISTE?
Jean-Michel: En fait Marianne était là avant…
Marianne: Y’a eu un bout où on était cinq.
Mathieu: La première fois que Marianne jouait avec nous c’était au lancement du EP, et elle restée avec nous après. Elle a peut-être pas contribué au EP, mais elle était arrivée dès les débuts, de nos débuts scéniques du EP.
N: LES CHANSONS ONT ÉTÉ COMPOSÉES ENSEMBLE SUR LE NOUVEL ALBUM. LE PREMIER EP, C’ÉTAIT UN PROJET SOLO APRÈS WINTER GLOVES?
J-M: Non, pas vraiment. Au début moi et l’ancien membre (Frédéric) on avait écrit ça un peu ensemble, et après ça les idées marchaient plus ou moins… De toute façon ça devenait de plus en plus “band” notre affaire. Y’a pas eu de gros changements au niveau de l’écriture, tout de suite quand on a commencé à jouer ensemble, ça se faisait naturellement.
N: LE NOUVEL ALBUM A ÉTÉ ENREGISTRÉ DANS UN CHALET À PIEDMONT. POURQUOI DANS UN TEL LIEU ET NON DANS UN STUDIO?
J-M: En tout et partout, on a fait la majorité dans ce chalet-là mais on a fait des takes ailleurs aussi. On a enregistré en studio, on a fait des voix d’un bord pis de l’autre, mais au chalet on est restés deux mois.
Mathieu: On voulait le faire nous-même, c’était clair qu’on le produisait nous-mêmes, on le réalisait nous-même. T’as un choix à faire par rapport au budget que t’as: soit que tu vas dans un studio, et tu te limites beaucoup dans le temps parce que c’est plus dispendieux à tous les jours, ou bien tu fais ce comme nous avons fait, nous on a loué notre équipement, on prend notre temps c’est notre première expérience, et ça a fonctionné, et on est vraiment contents. Je pense que ça va toujours être comme ça finalement!
J-M: Le premier EP, on l’a fait avec une carte de son, y’a beaucoup de synth-pop, c’est une prod à petit budget, c’est vraiment un démo fait de même avec un ordinateur, mais ca c’est notre album, là. C’est notre premier album, notre band il commence là!
N: ÊTES VOUS NERVEUX PAR RAPPORT AUX CRITIQUES?
Matthieu: Honnêtement non, je pense que l’album reflète plus ce qu’on donne comme énergie en spectacle. Y’a des choses qu’on fait en spectacle depuis longtemps parce que le EP a peut-être pas l’énergie du band comme on voudrait, comme nos spectacles l’ont depuis le début ou presque. Donc je pense que les gens qui nous ont vu en show une couple de fois vont nous reconnaître là dedans.
J-M: Je sais pas ce que vous en pensez, mais pour moi, c’est notre premier album, notre band commence là!
Marianne: Y’était encore en gestation avant ça!
N: POURQUOI AVEZ-VOUS DÉCIDÉ D’APPELER L’ALBUM TANTALE? J’AI FAIT UNE RECHERCHE TRÈS VITE ET ÇA PEUT VOULOIR DIRE BIEN DES CHOSES…
Marianne: Toutes les définitions que t’as trouvé, c’est ça que ça veut dire!
J-M: Y’a pas une grosse ligne directrice, un concept autour de ça, mais y’a la chanson Tantale, qui parle de la gêne et du supplice de Tantale, c’est un peu mythologique.
Mathieu: Pour faire l’analogie, c’est le côté de vouloir quelque chose, c’est l’atteinte, c’est un peu ça, mais le fait que l’album s’appelle ça c’est pas vraiment ça, mais finalement ça avait du sens. À la fin de l’enregistrement on s’est demandé ce qui résumait l’album, fallait trouver un nom, pareil!
Marianne: On a pensé à des titres de chansons…
Mathieu: Quand même on trouvait que phonétiquement, le mot “tantale” fonctionnait avec le visuel de l’album.
N: JUSTEMENT, C’EST QUI CET ARTISTE?
Mathieu: Ernest Haeckel – c’est Christophe mon frère qui a réalisé notre premier clip, c’est lui qui fait pas mal tout ce qui est direction artistique, et c’est lui qui a fait la direction de création, et on lui a donné carte blanche là-dessus. Sa première idée c’était ça. Il nous écoutait et il voyait les illustrations d’Ernest Haeckel, il faisait un lien automatique et il voulait vraiment travailler avec ça. Je pense que ça fonctionne, ça fit dans l’univers sonore dans lequel on travaille.
N: ET EN LIVE, COMMENT VOUS SENTEZ VOUS?
J-M: On est un band quand même assez jeune, on est encore au stade où à chaque fois qu’on fait un show, ça va de mieux en mieux. C’est sur qu’on va faire le plus de festivals possibles. Récemment on a joué dans une petite place, sur le plancher, le plafond bas, du monde assis sur des tables, y’avait des enfants, et oui on joue de la musique “airy” et vraiment plannant, mais on a des bouttes aussi que ça…
Mathieu: Y’a des trucs qui rockent un peu plus, un moment donné on m’a demandé si j’avais des balais, mais notre show est pas adapté pour ça! On a plein de stock et ça prend de la place, fack c’est un peu un challenge. On a aussi connu une compagnie de booking en France, suite au showcase M pour Montréal. On sortait un peu de la production de l’album, ça faisait vraiment deux, trois mois qu’on avait pas fait de show… et finalement les français ont capoté sur notre set. C’est le même booker que Misteur Vallaire, ils nous ont booké une mini tournée d’une semaine en mai, on va aller tâter le terrain, quelques dates.
N: VOUS AVEZ DÉCIDÉ DE CHANTER EN FRANÇAIS.
J-M: Je trouve qu’il y a du hype autour du “French indie,” veut veut pas, il y a de plus en plus de band en français…
Mathieu: Mais notre choix venait pas à cause de ça. On est francophones, on parle en français, c’est notre langue naturelle – y’a pas eu de réflexion. Y’a rien de politique là-dedans.
J-M: On est fleur bleue! (Rires) Je crois aussi
Mathieu: Y’a une belle scène maintenant, je pense que tout le monde réalise que ça sonne pas moins bien en français. Y’a eu longtemps du monde qui se justifiait chantait en anglais parce que ça sonnait mieux l’accent anglais, mais moi j’y crois pas.
J-M: Y’a des band avant aussi qui nous l’ont prouvé, Karkwa, Malajube, tout ça ça a été vraiment positif.
N: ET BONSOUND, C’EST EXCITANT, QUAND MÊME!
J-M: Sont super cool, c’est super trippant,
Marianne: La liberté qu’ils nous ont laissé sur l’album.
Mathieu: Y’a pas eu d’interférence, ils nous font confiance, et on leur fait confiance en retour.
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Monogrenade / Tantale – En Magasin le 1er Mars 2011
par Nairi K / Photos: Rodolfo Moraga









