LE MAC ET MOI

Le Musée d’art contemporain de Montréal était plein à craquer ce mercredi alors qu’on inaugurait la nouvelle saison avec trois expositions. Les lunettes carrées étaient à l’honneur tout comme le chandail de matelot bien représenté dans cette foule de connaisseurs, artistes et néophytes attirés par la promotion des mercredi gratuits DeSerre. Le vin de célébration s’est occupé de l’ambiance et après un mot de la directrice, tout ce beau monde s’est lancé dans les salles nouvellement habillées.

La première exposition démarre en trombe présentant définitivement l’artiste le plus intéressant de la nouvelle saison, Anri Sala. L’Albanais d’origine représente à merveille l’artiste contemporain autant dans sa proposition et sa production que dans sa présentation. Sala touche à tout. Tantôt en vidéo, tantôt en photo, en dessin, en lumière ou en son, il réussi à faire de son exposition une installation à part entière dans laquelle on se balade avec l’étrange impression d’être pris en charge, totalement imprégné dans l’univers d’Anri. L’artiste, ouvertement engagé, et foncièrement intellectuel laisse une grande place à l’idée et à la réflexion. Quatre discussions cossues sur des sujets comme l’état de l’union européenne ainsi que deux films documentaires sur la situation albanaise, méconnue pour nous autres Montréalais, et ses frasques révolutionnaires permettent de mieux situer un travail très complet, multiplateforme et contemporain.

La deuxième exposition met de l’avant les oeuvres du duo ontarien Young et Giroux qui, depuis 2002, aborde la question du lègue architectural de notre époque. Le corpus est maigre, composé seulement d’un film et d’une immense sculpture, Mr. Smith, présentée avec enthousiasme en primeur par le MAC. La proposition est intéressante du fait qu’elle dirige l’attention sur tous ses centres d’achat bruns et autres bâtiments moches qu’on ne voit même plus. Les deux artistes lancent la réflexion sans réel prise de position ce qui détonne grandement de l’engagement de l’exposition précédente.

Pour la troisième et dernière exposition, qui s’inscrit dans la Série Projections, il faut se rendre au sous-sol du musée où est diffusée Epic Journey de Kevin Schmidt qui a eu l’étrange idée de filmer une projection de la trilogie complète du Seigneur des Anneaux sur une barque descendant de nuit le fleuve Fraser. L’oeuvre, d’une durée totale de onze heures trente explore l’inusité et la longueur dans une projo qui se réfléchie plus qu’elle se regarde. L’idée de mettre en abîme une oeuvre phare de la culture populaire dans un contexte beaucoup moins accessible propose une intéressante réflexion sur le rôle de l’artiste, les moyens de diffusion et la place de l’art. À prime à bord, j’ai trouvé l’idée ridicule mais au final, c’est celle qui m’a le plus marqué et qui a suscité le plus de réactions des autres visiteurs.

Le MAC tiendra cet hivers encore une série de conférences et de rencontres sur différents sujets liés  à l’art contemporain. Les mercredi soir c’est gratuit et le vendredi, c’est party.

par Félix Brooklyn