GISELLE: HAVANA POINTES

Giselle est l’archétype du ballet romantique. J’avoue être une incurable amateur de ce genre de ballet, j’adore les pointes et les tutus, la musique qui emporte le spectateur, l’atmosphère surréelle qui enveloppe Giselle, l’impossible histoire d’amour et la rédemption finale.

Créé en premier lieu à Paris en 1841 et mettant en vedette la divine danseuse Carlotta Grisi, Giselle est constamment rejoué à travers le monde. L’histoire est simple : Giselle, une jeune paysanne, aime Albrecht qu’elle croit de sa condition sociale mais qui est en réalité le Duc de Silésie et qui est promis à la fille du Duc de Courlande. Lorsque Giselle apprend la vérité, elle en meurt. Et lorsqu’Albrecht vient se recueillir sur sa tombe, la reine des Wilis, des fiancées mortes le jour de leurs noces, le condamne à danser jusqu’à ce qu’il meure d’épuisement. Giselle sort de son tombeau et sauvera in extremis Albrecht de son funeste destin.


Je ne peux pas m’empêcher de penser que le communisme a parfois du bon : j’ai déjà vu le Ballet Kirov et le Bolshoï, ces compagnies russes ex-soviétiques, et j’avais été éblouie par les prouesses techniques et la dévotion manifeste que les danseurs projettent sur la scène. À La Havane comme à Moscou ou Saint- Pétersbourg, les danseurs classiques sont formés dès leur plus jeune âge dans une discipline de fer qui ne laisse rien au hasard et qui ne tolère ni médiocrité ni laisser-aller. Les meilleurs, ceux qui frôlent la perfection, gravissent les échelons et forment la compagnie de ballet.

Et la perfection est le mot qui vient à l’esprit. Je n’ai jamais vu un corps de ballet aussi merveilleusement synchronisé : 27 jeunes filles qui dansent, toutes identiques, avec des gestes aussi harmonieux qu’on peut l’imaginer, dans un impeccable alliage aux enchaînements d’une extraordinaire précision, avec une cohérence hors de ce monde. Cette cohésion produit un effet à couper le souffle et des tableaux d’une saisissante beauté. Le deuxième acte appartient à ce corps de ballet qui pousse l’esthétisme au-delà des limites connues. Je voudrais être une Willy pour connaître cet accord étroit avec l’univers qui m’entoure.

Les solistes sont également impeccables : Anette Delgado en Giselle, Dani Hernandez en Albrecht et Ernesto Diaz en garde-chasse connaissent tous leurs moments de bravoure, de pirouettes en grands jetés en passant par les entrechats et les arabesques, ils nous enchantent avec leur technique impeccable et leur façon de rendre les émotions de leurs personnages. Mais Giselle est définitivement un ballet de filles, créé pour mettre en valeur toutes ces danseuses de l’ombre, ces figurantes aux petits rôles qui aspirent à êtr premières danseuses mais qui risquent de demeurer des faire-valoir toute leur vie.

À la fin de la représentation, devant un public en délire qui avait parfaitement conscience qu’il venait de voir quelque chose d’exceptionnel, Alicia Alonso est montée sur scène. Toujours élégante et droite comme un I à 90 ans, elle a accepté l’hommage du public avec grâce. Nous, nous avons pensé que le spectacle était parfait. Elle, a sûrement vu plein de choses qui clochaient. C’est pour cela que des gens comme elle existent : pour pousser toujours plus loin les limites et viser le ciel. Pour moi, elle a réussi. Et le communisme a définitivement du bon.

Giselle du Ballet National de Cuba
Chorégraphie par Alicia Alonso
Les 17, 18 et 19 février 2011
www.grandsballets.com

Par MC5 (avec l’assistance de A1)
Publié le vendredi 18 février 2011