Je viens de découvrir ça. Ceux qui sont plus occupés que moi à tout savoir vont dire: «Ben oui dude je connais ça, c’est genre leur quatrième album. Tu connaissais pas ça?» Non, mais je connaissais Can et Neu!, deux groupes que ceux dont la sensibilité est hautement filtrée par leur intellect sont mieux de ne pas connaître, s’ils veulent apprécier un album comme Ventriloquizzing.
Parce que, bien que Fujiya & Miyagi ne soit pas influencé uniquement par les jams allemands et le Krautrock (le son du groupe se rapproche également de The Sea and Cake et Tortoise), on dirait que le band a fondé toute sa ligne directrice sur une ou deux chansons de Can. Ceci dit, bien que ça m’ait sauté dans la face, ce manque de pudeur face à l’étalage des influences, j’ai laissé l’album jouer jusqu’à la fin: cet état d’esprit dans lequel la chanson «Vitamin C» de Can m’a mis la première fois que je l’ai faite jouer, je l’ai retrouvé, et j’était heureux qu’on m’en donne davantage.
L’idée de «rip-off», quand il ne s’agit pas d’une mélodie particulière ou d’un simple vol, doit selon moi être traitée avec parcimonie. Ça me rappelle une discussion que j’ai eue avec un gars de quarante-cinq ans un jour, le type qui ne jure que par le prog le son temps et considère que tous les groupes d’aujourd’hui ne sont qu’imitation de ce qui a été fait avant. Le truc qui m’énervait avec ce qu’il disait, c’est que les groupes de son époque qui copiaient leurs contemporains semblaient être pardonnés, puisqu’ils pouvaient se réclamer de participer à un «mouvement». Le genre qui sort dans toutes ses discussions sur l’art la typique phrase «De toute façon, tout a déjà été fait» en levant les yeux dans les airs.
Quand la musique est bonne, on en veut plus. On s’en fout qui la fait. Depuis la découverte des courbures de le temps, de la relativité générale et de l’espace comme un tissu élastique, il faut se demander pourquoi on veut de la nouvelle musique. Est-ce que c’est encore pour participer au concept d’évolution à la Darwin, où est-ce que c’est pour créer de nouvelles et grandes sensations qui nous permettront de transcender nos malaises et notre mal de vivre? Faut-il encore se poser des questions existentielles avant d’accéder au plancher de danse? Peut-être est-il du devoir de tout un chacun d’embrasser sa culture et son époque, et de ne pas fixer les limites de cette époque au temps où on prenait de la drogue avant de se ranger et d’avoir des enfants…
Les courants musicaux d’aujourd’hui voyagent plus que jamais à travers toutes les époques, et depuis l’avènement du sampling et des remixes, on est inondés de nouvelles sensations élastiques qui nous permettent justement de voyager dans le temps et de remettre en question la rigidité de l’histoire. Je trouve ça awesome. Ventriloquizzing est une trame rigoureuse qui nous fait sentir parmi les jams post-psychédéliques les plus cool imaginables, et j’ai hâte de voir le groupe en concert à Montréal.
par Félix Dyotte







