Trois ans, ça doit paraître un bon bout de temps quand on n’en a que 20. Le temps d’un diplôme, de se tanner du gars ou de la fille qu’on aurait pourtant marié un jour. De changer de ville et de vie, aussi. Lorsqu’on rencontre Braids dans les coulisses de M pour Montréal l’automne passé, notre première réaction est de remarquer à quel point ils sont jeunes, frais. Comme… neufs.
Leur candeur et leur jeunesse ne sont pourtant pas synonymes de pure nouveauté. Bien avant leur showcase attendu à M, bien avant que le vent d’automne ne se soulève sous la neige de janvier (et ne culbute la moumoute de Gene Simmons drette en face du Campus, mais ça c’est une autre histoire), bref, bien avant le lancement très officiel de leur Native Speaker ce jeudi, Braids faisaient de la musique à peine majeure à Calgary.
Ils s’appelaient The Neighbourhood Council; entre ce conseil communautaire et l’enfilade de Braids, ils ne se sont pas lâchés, ont déménagé en paquet, “de manière progressive”, à Montréal pour continuer ce qu’ils avaient commencé. De la belle pop exploratoire et sensible, dans le bon sens du terme. Doublée, sinon d’une retenue, en tout cas d’un certain aspect méditatif qui ajoute à la joliesse de l’ensemble, sans compliquer les choses.
Sur scène ou tassés dans le backstage bruyant où on discute ce soir-là, les mains dans une immense salade de pâtes ou un sac de chips bio, entre la chanteuse Raphaelle Standell-Preston, le batteur Austin Tufts, le bassiste Taylor Smith et la claviériste Katie Lee, une véritable symbiose opère. “Native Speaker, c’est ça”, résume Raphaelle en pointant de ses grands yeux de biches les membres de son groupe. “C’est ce qu’on a entre nous. Un langage qu’on partage instinctivement.”
À les regarder, manifestement drug-free, artifice-free, dans leurs fringues de seconde main complètement lustre-free, on ne peut s’empêcher de les jalouser un peu, et de voir dans la frappante sincérité de leur propos quelque chose d’enviable, qu’ils cultivent d’ailleurs tous précieusement depuis un bon bout de temps.
“Nous sommes de vieilles âmes”, dit Raphaelle. J’aurais plutôt dit ingénues mais sages.
Avec Pop Winds et Long Long Long ce jeudi 20 janvier à la Sala Rossa.
par Evelyne Côté / photos José Enrique Montes Hernandez







