Au moment d’entamer la deuxième moitié des années 1990, Portishead et Massive Attack étaient sur toutes les lèvres. Le groupe de Geoff Barrows et Beth Gibbons était reconnu pour son usage abondant de samples, de scratching et de spleen, alors que celui de 3D, Daddy G, Mushroom et Tricky était surtout apprécié pour ses grooves profonds et ses incursions dans le hip-hop, le reggae et le dub.
Ensemble, ces deux groupes sont à l’origine de ce qui est aujourd’hui appelé le trip-hop. Bien entendu, d’innombrables clones sont nés dans les 10 ans qui ont suivi et en moins de temps qu’il n’en faut pour crier HYPE, Tricky s’était déjà dissocié de Massive, pour œuvrer en solo dans un créneau pas trop différent.
Quinze ans plus tard, le kid de Bristol fait encore des albums et certains d’entre eux sont beaucoup plus intéressants que ses autres. C’est le cas notamment de Maxinquaye, son premier, son meilleur: la principale motivation de ma présence au concert de samedi soir dernier, dans un club Soda pas trop bondé. Bien sûr, j’avais quand même hâte d’entendre les hits de Knowle West Boy et Mixed Race, derniers efforts qui se défendent bien. Mais malheureusement, rien ne vaut sa première galette, trame sonore chill et sensuelle de la consommation de millions de joints et de baises worldwide, depuis 1995.
Évidemment, avant même que la moindre corde de basse ne soit pincée, Tricky a enlevé son T-shirt et s’est allumé un joint, qui ne serait pas le dernier, n’en déplaise au gorille de la sécurité et à son regard scandalisé. Accompagné d’une guitariste, d’une bassiste, d’un batteur, d’un claviériste et d’une chanteuse (qu’il n’a pas pris la peine de présenter), le célèbre stoner aux pectoraux ciselés s’est lancé dans une version musclée de «You Don’t Wanna» (bâtie sur un échantillonage du «Sweet Dreams» des Eurythmics).
Ensuite, les pièces des deux derniers albums ont pris beaucoup de place. Les voix étant très mal balancées en début de spectacle, on ne pigeait pas grand-chose de ce qui se racontait dans les micros et il a fallu que le sextette se lance dans «Pumpkin» (de Maxinquaye, bien sûr!) pour que le public puisse commencer à embarquer dans le trip. Bonne idée par la suite d’inviter les gens sur la scène pour danser au son d’une reprise vitaminée du Ace of Spades de Motörhead. À son grand désarroi, le gardien de sécurité ne pouvait plus intervenir pour éteindre les pétards et les cigarettes qui se fumaient pendant que les gens dansaient et se prenaient en photo avec Tricky et ses yeux rapetissés par la beu.
Quand le public a quitté la scène, la monotonie s’est installée pendant trois chansons, alors que Tricky ne faisait que fumer dos à la foule. Y aura-t-il un jour des shows de Tricky sans Tricky? C’est un réalisateur talentueux doublé d’un trippeux de studio qui est de plus en plus absent de ses œuvres alors on est en droit de se le demander. Celui que Daddy G a déjà qualifié de «gars le plus paresseux de l’histoire de la musique», n’était effectivement plus trop dynamique à ce point du spectacle. Bien sûr, il est revenu ensuite pour certains classiques (dont «Tricky Kid», «Black Steel» et «Past Mistake») mais j’ai su que le momentum était passé quand je me suis rendu compte que la gang de français dansants qui était devant moi me divertissait davantage que ce qui se passait sur la scène.
Bref, un show de Tricky en 2010, c’est un peu la réflexion de ce que c’est sur disque depuis Angels with Dirty Faces: bon sans être transcendant. Long mais ponctué d’éclairs de génie.
par Charles Laplante / photos LP Maurice









