Une femme noire, la tête rasée, très belle, est attachée sur une plate-forme mobile au centre de la scène. Pendant une heure elle raconte à ses tortionnaires les événements et les circonstances qui ont conduit à un acte d’une extrême violence.
Bienvenue au théâtre de la cruauté cher à Antonin Artaud.
On ne peut pas dire que ce spectacle vous met dans l’esprit du temps des Fêtes. C’est une pièce dure, pas reposante, son but est manifestement d’interpeller le spectateur et de le déstabiliser. Mais voilà, mon amie Caroline et moi on n’a pas vécu cela du tout.
La mise en scène de Kristian Frédric prend tous les moyens pourtant pour arriver à ses fins: des bruits violents martèlent les propos de la comédienne, la plate-forme mobile se déplace de façon surprenante et force Amélie Chérubin-Soulières à adopter des poses parfois acrobatiques, trois écrans vidéo projettent des images dérangeantes ou surprenantes en arrière-plan. Alors? Alors c’est qu’on voit tout venir dès le début: le texte n’est pas à la hauteur des attentes, il ne réserve aucune surprise, aucun suspense. Koffi Kwahulé, dramaturge originaire de la Côte d’Ivoire et qui a une vingtaine de pièces à son actif, n’a pas obéi à Jean Cocteau qui abjurait: «Étonnez-moi».
Il y a des trouvailles pourtant dans ce texte, un imaginaire évoqué surtout dans les noms de lieux fictifs Place Bleu de Chine, rue Jaune d’œuf, ou dans d’étranges rituels funéraires qui semblent être la norme dans cette Cité hors du temps et de l’espace et qui aurait dû, à mon avis, conférer un plus grand sentiment d’étrangeté à cette histoire vieille comme le monde. Et pourquoi avoir intégré au texte le poème «J’ai tant rêvé de toi» de Robert Desnos avec projection d’images de camp de concentration (Desnos est mort dans un camp en 1945)? La littéraire que je suis a immédiatement reconnu le poème mais n’a pas saisi le lien à faire entre ce texte déchirant dont il existe deux versions et les circonstances de la souffrance de Jaz.
Cependant.
Amélie Chérubin-Soulières est grandiose.
Elle donne une performance sentie et approfondie de ce rôle émotionnellement chargé et extrêmement exigeant physiquement. Je suis sûre qu’après la représentation elle doit être complètement vidée de toute énergie et ressentir le catharsis propre à l’épuration des passions. Sauf que le spectateur aussi devrait ressentir cela et que ce n’est, hélas, pas le cas.
Jaz est présenté au Théâtre des Deux Mondes jusqu’au 15 décembre.
par MC5









