Le matin du 16 juillet 1942, les forces policières françaises, mobilisées par le Maréchal Pétain, exécutent les ordres de l’État Major de l’Occupation nazie et arrêtent plus de 13 000 juifs à Paris. Les prisonniers de cette rafle, dont près de 4000 enfants, seront détenus quelques jours au Vélodrome d’Hiver, avant d’être transférés au camp de Baulne-La-Rolande, puis déportés vers Auschwitz.
C’est dans un exercice fort pénible que Rose Bosch raconte l’histoire de ces familles juives qui ont été trahies par le régime de Vichy. La Rafle suit plus particulièrement le destin de deux familles, voisines de palier d’une maison de Montmartre et dont les enfants, Joseph Weismann, Simon Zygler et son petit frère Noé, sont liés d’amitié. C’est à travers leur regard, celui de leurs parents (Gad Elmaleh, Raphaëlle Agogué), d’une infirmière protestante, fille de pasteur (Mélanie Laurent), et d’un docteur juif (Jean Reno) que nous suivrons leurs tourments, de Montmartre au Vel’ d’Hiv’, jusqu’à Baulne-La-Rolande.
La Rafle s’ouvre sur les images véritables de la visite d’Hitler à Paris le 28 juin 1940 sur l’air de «Paris», interprété par Édith Piaf. Bien qu’elle soit ringarde, la mise en contexte s’avère efficace: Paris est occupée, avec tout ce que cela implique. Le film met cependant très peu de temps à s’écrouler sous les stéréotypes, une mise en scène subjective et des dialogues délibérés qui rappellent souvent ceux des soap operas, conçus pour éviter toute ambiguïté.
C’est plus précisément sur la déportation d’un nombre important d’enfants que Bosch se penche dans un récit linéaire et mélodramatique. Ces enfants, mal dirigés, suscitent malheureusement plus souvent d’agacement que de sympathie. Le petit Noé Zygler (Mathieu et Romain Di Concetto), surnommé Nono, incarne l’innocence de l’enfance et la répétition ad nauseam de ses interventions zozotées ne rend de services à personne.
Le jeu des acteurs est généralement monotone et mécanique. Jean Reno, fidèle à lui-même, offre une performance caricaturale et grossière qui déteint malheureusement sur le jeu de Mélanie Laurent, pourtant très bonne dans Inglorious Basterds. Les personnages, mal élaborés, sont sans ambivalences et leurs tourments sont généralement unidimensionnels et énoncés clairement.
Certains d’entre eux sont superflus et témoignent d’une écriture et d’une réalisation déficientes. La présence d’Hitler et du Maréchal Pétain n’ajoute rien au récit, si ce n’est que de les démoniser davantage, exercice accessoire s’il en est un. C’est ainsi que se rangent d’un côté ou de l’autre tous les personnages de La Rafle. Les gentils d’un côté, les méchants de l’autre. Bosch passe à côté de l’occasion de faire l’exploration de la complexité de la collaboration en réduisant l’Occupation à une opposition simpliste entre collabos et résistants. Autrement dit, la réalisatrice ne parvient pas à s’abandonner à son auditoire en lui faisant confiance et lui donnant l’occasion d’interpréter ses propos. Son film est explicatif et expose le détail de la planification d’un événement traumatisant du sommet au pied de l’échelle décisionnelle. Il sera donc probablement fort pertinent de le présenter dans le cadre d’un cours d’Histoire du XXe siècle dans toutes les écoles secondaires de la province, sauf qu’à l’exception d’une prise de vue impressionnante au Vel’ d’Hiv’, La Rafle est entièrement dépourvue de tout intérêt artistique ou filmique.
De tous les événements importants du XXe siècle, la seconde guerre mondiale et l’holocauste sont probablement les plus documentés, débattus et dénoncés. Plusieurs cinéastes s’y sont intéressés avec beaucoup de succès, de sorte qu’il est maintenant difficile de les aborder de front et de façon conventionnelle, sans réflexion sur la manière de les traiter artistiquement et thématiquement. Le cinéma doit pousser les limites du récit et il ne suffit malheureusement pas de parler d’un sujet intéressant, encore faut-il en parler de façon intéressante. Ainsi, bien que l’on prenne la peine de souligner que «tous les personnages du film ont existé. Tous les évènements, même les plus extrêmes, ont eu lieu cet été 1942», La Rafle rate sa cible et ne parvient ni à émouvoir, ni à susciter l’intérêt.
par Alex Paré






