Samedi dernier, c’était le temps de la 110e Exposition Noël des chats du club Montréal félin à la place Bonaventure. «110e? direz-vous? C’est pas mal beaucoup, me semble.» Vous aurez raison. C’est parce que chaque salon compte triple. Par exemple, celui-ci, qui durait du vendredi au dimanche était annoncé comme les 109e, 110e et 111e expositions. C’est pour faire plus européen, avec les traditions centenaires et tout. En plus, pour les chat, c’est comme si Jésus Chat (Jésus Chrast ?) était né, pis re-né, pis re-né. Mais fin novembre.
Le Noël des chats, c’est une bonne vingtaine de rangées de tables recouvertes de cages. On avait mis celles qui étaient décorées de petits sapins et de petits lutins au bout, pour faire plus festif. Il n’y a rien qui crie « esprit-de-noël » comme une belle cage décorée. Pour les juifs, il y en avait une aux couleurs de la Chanukah. C’est aussi des kiosques de divers produits pour félins comme du revitalisant bio « sans larmes – tear free » ou des boîtes de carton avec un trou. Quand je lui ai dit que mon chat était trop gros et qu’il n’entrerait jamais dans le trou, la gentille vendeuse (qui n’avait pas du tout l’air d’une butch chroniquement esseulée) m’a fait remarquer qu’on pouvait retirer des anneaux pour agrandir le trou. Ils avaient pensé à tout. Dépourvu de l’excuse que j’avais trouvée pour ne pas être obligé d’acheter une boîte de carton avec un trou ni d’avoir l’air du genre de loser qui visite les kiosques juste pour regarder, j’ai dû en acheter une. Mais le Noël des chats c’est aussi des conférences et des compétitions à catégories (chatégories) diverses.
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CONFÉRENCE: ÉDUCHATION
Je n’ai pas tout à fait compris le sujet de la conférence, mais je pense que c’était surtout une excuse pour que les madames se passent un micro et expliquent exactement où leurs animaux respectifs préféraient faire pipi. Chaque témoignage était suivi d’une période d’approbation où chacun devait hocher la tête à la ronde en y allant de «Oui, oui. Moi aussi ma Pinotte urine sur les surfaces verticales. Ça veut dire qu’elle est angoissée.» La plupart des participantes avaient toutes leurs dents. Il y avait une vétérinaire sur le stage à qui on accordait parfois la permission de répondre avec expertise aux questions exprimées par la foule. Mais juste si elle était vraiment sage, et même là, on se réservait le droit de l’interrompre avec de nouveaux commentaires lorsqu’on les jugeait plus pertinents que ses années d’étude et ses diplômes. C’était très amical (amichal). Après une bonne demi-heure de racontage de problèmes de chats, on se disait qu’il devait peut-être y avoir certaines preuves qu’un chat n’est pas qu’un paquet de trouble mais que finalement on n’était plus capable de se les rappeler. J’ai exprimé à ma date combien je trouvais la conférence le fun et pas du tout plate. Elle dû penser que j’étais sarcastique et m’a chuchoté en faisant des gros yeux : «Moi non plus j’suis plus capable ! On s’en va !»
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COMPÉTITION: CHATÉGORIE DOMESTIQUE
C’est la catégorie des chats qu’on a trouvés tout sales dans la grange de notre chalet (chalet) en Beauce ou sur le bord du rang en rentrant d’aller porter les vidanges. C’était bien, parce que chaque fois qu’un chat gagnait, on invitait la madame qui l’avait trouvé à venir raconter son histoire. Il y en avait qui étaient gênées et qui chuchotaient leur histoire à la présentatrice, qui devait ensuite nous la relater. L’une d’elles n’a fait que répéter trois fois que sa chatte Mimi était ben, ben bébé (pas quand elle l’avait trouvée, juste en général). La plupart des prix sont allés aux chats de deux mêmes dames. Selon ce que j’ai cru comprendre de leurs histoires, il y avait plusieurs dizaines d’autres chats chez elles qui n’avaient pas fait la cote et qui les attendaient impatiemment et tendrement sur le lit en se demandant quand elles allaient rentrer pour redonner un sens à leur existence. Pour la finale, on a demandé au public de voter par acclamation pour Joséphine ou Tuxédo de Saint-Ligo. Tuxédo a réussi à soutirer quelques applaudissements et au moins deux ou trois mains levées. Les spectateurs ont voté presque unanimement pour Joséphine, une mini-chatte dorée qui n’aimait pas se faire prendre. On criait, on applaudissait, les madames tapaient du pied pour en demander plus. Sur-le-champ, les juges ont accordé le prix à Tuxédo.
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COMPÉTITION: CHATÉGORIE SPHYNX
C’est la catégorie des chats tout nus. Une butch chroniquement esseulée examinait les animaux un par un. Elle leur tirait les oreilles, les aguichait avec une baguette terminée de guirlandes. Elle les faisait se tenir debout et les prenait ensuite pour les regarder profondément dans les yeux. Finalement convaincue qu’il s’agissait bel et bien de chats, elle faisait un signe de tête au jeune scout habillé en uniforme avec son foulard bleu et jaune et ses badges et tout, qui cochait la case « chat » de sa feuille sur son pad. Beaucoup de soin était porté à l’aseptisation de la surface de jugement entre chaque vérification. Un strict régime Windex / chat / Windex était respecté. Une mère et sa fille de quarante ans à côté de moi répétaient la rumeur selon laquelle l’équipe chinoise ne respectait pas la règle qui dictait que les chats devaient avoir plus de quatre mois. Les gagnants, en ordre croissant de beauté, furent Reese Whiskerspoon, Renée Zellwhisker et Pawmela Anderson. Je ne suis pas sûr, mais je pense que les deux Whiskers venaient de la même chatterie.
À un certain moment, on a entendu quelqu’un derrière nous s’écrier : « Chat ! Chat ! » En voilà un, apparament, qui n’était pas dupe.
Je n’ai vu aucun chat déguisé en elfe ou en Santa Claus. Déception. Il y en avait bien deux avec des guirlandes autour du cou, mais ç’aurait très bien pu être juste leur collier de tous les jours. Aussi, il n’y avait pas de snack-bar. Je sais pas pour vous, mais moi, j’aime ça pouvoir manger une queue de castor à l’érable quand je vais regarder des abyssins se faire tripoter. À part de ça, c’était un Noël réussi. Pour nous, je veux dire. Pour les chats, je dirais que leur humeur oscillait entre dérangement moyen et stoïcisme complet.
Je pense que ma date a été impressionnée par ma ponctualité. La prochaine fois, je pense que je vais l’amener à la collecte de sang des Canadiens de Montréal. Il y a deux semaines, j’ai servi son burrito à Travis Moen au MexiCasa du Dix-30, pis je suis confiant que cette fois-ci il va consentir à me donner son autographe.
texte et photos par Alexandre Laurin / dessins par Marilou Lacroix Lepage









