Le truc super quand on atterrit dans une ville en période de festival un peu tard, c’est l’ambiance qui se jette directement dans notre face, comme une grosse pieuvre bien collante.
À Rennes on n’y échappe pas, et si on débarque sur la place St-Anne après 20h pendant les Transmusicales, on est cuit. Du long de ses cent mètres, la rue Saint-Michel, affectueusement nommée La rue de la soif par tous les Rennois, prend au minimum quinze minutes à traverser tellement elle est peuplée.
Nous on s’y est bien fait prendre, et notre vendredi soir s’est résumé à jouer les limaces de bar en bar sans grand succès. On a fini par prendre notre place au El Sambre, où Mr Nô devait se faire porte-parole de la scène électro de l’Ardèche dont on parle beaucoup ces derniers temps. Le duo était, en fait, en plein dans la mouvance montréalaise de 2007, avec les projections géométriques, l’électro puisé dans les années 90, un peu à la Justice, bien basé en hip-hop, avec assez de chien pour qu’on ne puisse s’empêcher de taper bien fort du pied, mais sans le côté hautain qui vient parfois avec ces petits d’EdBanger. Au bout d’un moment, cependant, le tout était un peu plat, et on aurait bien pris des punchs et des remises en bouche un peu plus agressifs.
Mais après, on n’a pas eu le choix de rester dehors jusqu’à 6h, comme tout le monde. Les artisans du marché des Lices, un des plus gros de France, n’étaient pas trop contents. S’ils ont l’habitude de s’installer vers 4h ou 5h du matin, ils ont dû attendre 7h pour que la place soit à peu près libre d’étudiants semi-comateux et de bouteilles cassées. Pour se faire pardonner, on leur a acheté saucisson, fromage et pain, pour retrouver la rue de la soif où à midi tout le monde est de retour devant une nouvelle pinte de bière.
16h30, les yeux qui commencent à trouver qu’on leur en demande un peu trop, on rejoint le festival officiel des Transmusicales pour deux concerts gratuits au Liberté. Les Rennois de Lady Jane sont là avec leur classe anglaise, empruntée à cette reine du 16e siècle, à fabriquer des ambiances enivrantes, campées dans le blues mais avec un souffle un peu psyché qui tourbillonne un peu partout. La guitare nous fait la conversation, et quand la voix s’ajoute, on se rend compte qu’on était partis bien loin, et on se laisse prendre la main par ce grand chanteur dégingandé et par la batterie qui fait bien monter la pression.
Sudden Death Of Stars nous fait reculer dans les années 60, où les vapeurs psychédéliques deviennent presqu’étouffantes sous le bourdon du cithare, les envolées ultra inspirées du farfisa, la fille qui joue du tambourine debout sur une estrade, les rythmes sixties des différentes guitares et les harmonies vocales. On embarque quand le rock se fait une place au milieu des vapes, on trouve ça un peu trop quand la voix est langoureuse.
Retour sur la place St-Anne, il est huit heures et déjà les gens ont de la misère à marcher. Ladylike Lily est toute mignonne, un groupe punk et une fanfare s’invitent dans la rue et les djs de Turnsteak envoient un électro autrement plus bourratif que celui de Mr Nô. Au El Sambre, She’s a Boy ont l’air beaucoup trop pro pour la grandeur de la salle, et on ne voit pas le temps passer grâce aux mimiques du chanteur, à la basse très narrative et à la batterie entrainante au max, mais leur rock britishreste un peu générique. Le dernier arrêt se fait au chantier, où on n’ose même pas entrer tellement la place semble sur le point de craquer, mais on danse sur le techno de Spitzer de dehors et on a finalement tout aussi chaud. Lui, observé à travers la fenêtre, est pris de spasmes, une grande chenille moustachue au chapeau rond se tortillant sous l’affront de ses constructions sonore pour gourmands. Très architectural pendant un long moment, son set se liquéfie vers le lounge sexy avant de rencontrer l’Inde, et sans qu’on s’en rende compte on aura fait un long voyage ininterrompu du corps et de l’esprit, à la manière des grandes soirées de Mr Scruff.
2h du matin, les bars sont fermés. Sur le chemin du retour, on croisera des concerts improvisés de bouteilles vides, un gars qui se prend pour un chimpanzé, quelques nudistes, deux bodysurfers et beaucoup, beaucoup de Bretons extrêmement chaleureux qui nous inviteront à rester avec eux pour saluer le soleil qui se lève sur les rues encore encombrées de corps à moitié morts.
par Ariane Gruet-Pelchat










