INDESCRIPTIBLE DONKA

C’est toujours la même chose avec Daniel Finzi-Pasca: ce diable d’homme trouve toujours le moyen de nous ensorceler. Donka-Une lettre à Tchékov ne fait pas exception.

Ce n’est pas du théâtre en tant que tel: plutôt un mélange d’acrobatie, de clownerie, de poésie, de danse, de scènes oniriques, de tableaux vivants qui enchantent visuellement le spectateur. La première a eu lieu en janvier 2010 à Moscou pour célébrer le 150ème anniversaire de naissance de Tchékov. Et on retrouve, ponctuellement, le dramaturge à travers l’éclatement du spectacle: le fait qu’il était médecin et tuberculeux, les titres de ses pièces, mais je crois que tout cela n’est qu’un merveilleux prétexte pour permettre à l’imagination de prendre le pouvoir.

Les comédiens-chanteurs-musiciens-danseurs-acrobates-clowns sont formidables. D’origines diverses ils s’expriment tous comme le Daniel Finzi-Pasca, avec un accent chantant et en triturant la grammaire française de délicieuse manière. Le spectacle, réglé au quart de tour, nous procure des moments inoubliables que nous voudrions garder pour toujours dans notre boîte à souvenirs: en particulier la fin du premier acte où les comédiens lancent sur la scène des morceaux de glace qui se brisent en mille éclats. C’est incroyablement subversif et magique. Il faut vraiment un Italien fou pour penser à cela.

Donka est indescriptible. Tchékov revient en leitmotiv mais ce qui se passe sur la scène dépasse, et de loin, la narration traditionnelle. C’est peut-être parce que c’est irracontable que cela nous amène définitivement dans un ailleurs que nous visitons trop peu souvent: un univers proche de l’enfance où on peut voler dans les airs, se déguiser avec des robes à frou-frou (les hommes aussi), lancer des pétales de rose partout, les ramasser et puis recommencer. Semer un désordre féérique. Oublier les conventions. Se laisser emporter.

Il y avait des enfants à la représentation à laquelle j’ai assisté. Et c’est un spectacle parfait pour eux. Mais pour les grands aussi. Ça fait du bien parfois de penser qu’on a de nouveau six ans.

Donka est présenté à l’Usine C jusqu’au 18 décembre.

par MC5 / photos Viviana Cangialosi