De bien jolis noms figurent sur l’affiche de la dernière production de la compagnie Théâtre Ludik. Didier Lucien et Mario Morin se lancent dans le texte de Fabrice Roger-Lacan alors que Patrice Coquereau signe une deuxième mise en scène avec cette paradoxale comédie dramatique.
Cravate Club aborde l’imposant thème de l’amitié. Pour réussir à traiter un sujet aussi vaste et complexe, on a donc dû choisir un angle précis. Première offense. L’amitié telle que présentée dans la pièce est amputée de tout souffle de vie. C’est celle des masques, celle de l’hypocrisie et des utilités, celle des «je crois qu’il pense que je pense que…» de laquelle naissent des histoires qui tournent en rond dans la vie de tous les jours… encore plus sur une scène.
Synopsis éclair: Bernard (Didier Lucien) se sent floué par Adrien (Mario Morin), son ami et associé qui ratera son quarantième anniversaire pour assister à un souper important. S’ensuit une série d’interactions statiques, plus ou moins comiques, durant lesquelles on en vient à se demander s’il va finir par se passer quelque chose de nouveau dans ce cloche-pied dramatique. Et oui! Mais la joie est de courte durée alors que le rideau tombe sur ce rebondissement qui ouvrait enfin le jeu sur des avenues prometteuses. Coït interrompu.
Parmi les nombreuses possibilités d’angles envisageables pour traiter un tel sujet, les deux comédiens semblent être placés autour d’un véritable trou noir qui s’empare peu à peu de toute l’énergie déployée par Didier Lucien alors que Mario Morin semble complètement siphonné, multipliant les cafouillages et amortissant chaque once de proposition lancé par Didier Lucien. Il y a une distance entre le jeu des deux acteurs qui empêche toute complicité de voir le jour. Deuxième offense, un manque de complicité dans une pièce à deux acteurs qui traite de l’amitié, ça ne pardonne malheureusement pas.
Entre le drame et la comédie, le rythme n’arrive pas à s’installer laissant le spectateur dans la brume. La comédie en souffre malgré quelques bonnes lignes et le drame n’arrive jamais à s’implanter totalement dans ces sables mouvants. Troisième offense, retiré…
La mise en scène est travaillée mais manque peut-être un peu du sourire moqueur de Patrice Coquereau qui aurait pu insuffler une identité à cette pièce qui semble assise entre deux chaises. Bien installé dans mon fauteuil, j’ai eu l’impression que le spectacle était resté dans les loges, daignant se présenter pour une proposition de dernière minute sur laquelle on aurait pu construire beaucoup plus.
Cravate Club est présenté du 14 au 23 décembre à la Cinquième Salle de la Place des arts.
par Félix Brooklyn / photos Maurice Vadeboncoeur






