2010: PETITES CORRECTIONS

Eh oui, la slush s’étend dans les rues de la métropole, la musique de Noël envahit les magasins du continent et les calendriers 2010 commencent à s’effilocher. Décembre s’installe et qui dit décembre dit Année revue et corrigée, le Bye Bye théâtral de l’équipe du Théâtre du Rideau Vert présenté par Vidéotron, une compagnie de Québécor média… vous avez dit revue de l’actualité?

Et non, le fou du roi ne pose pas son cou délicat sur le bûcher et l’honneur d’un voyou n’est pas écorché. Dommage, c’était une belle opportunité d’avoir des couilles. Peut-être en 2011.

Tout d’abord, il faut rendre à César ce qui appartient à César et rassurer tous ceux qui ont acheté des billets pour leur famille entière: on rigole bien. Par moments plus que d’autres mais vous ne sortirez pas du Théâtre Outremont sans avoir gloussé d’agrément. Puis on est émerveillé aussi, les décors sont impressionnants, et la production est loin de souffrir de la crise du spectacle vivant. Vingt et une âmes humaines ont été mises au service de la conception et de l’interprétation d’un spectacle de deux heures de sketches, de comédies musicales et d’imitations.

La performance des six acteurs de la distribution n’a d’égal que le talent de ses derniers et la mise en scène d’Yvon Bilodeau a le mérite d’utiliser de manière plus qu’efficace tous les atouts dont il dispose. Les numéros de chant ne souffrent d’aucun complexe, appuyés par des voix solides comme celle de Véronique Claveau, et des harmonies riches et bien travaillées alors que les chorégraphies élaborées par l’ex-académicienne Émily Bégin deviennent l’expression physique de toute l’énergie de la production. L’ambiance est à la fête et à la rigolade et ce qui marque le plus, ce sont évidemment les imitations qui sont d’une justesse de haute voltige ainsi qu’une démonstration de talent brute.

Si l’on rit, on peut dire que la mission est accomplie. C’est bien de rire, c’est très bien. Même qu’il existe des thérapies par le rire, des retraites de rire et des médecins clowns comme Patch Adams. Par contre, dans 2010 revue et corrigée, l’humour est mandaté de la satire, du commentaire, de la critique et c’est là où le bât blesse. Il manque cruellement de grinçant, de prise de position, de risque. L’actualité, qui est supposée être au centre de la production, est trop souvent utilisée comme un prétexte pour retomber dans le vieux sac à blagues ciblant les quelques figures caricaturales québécoises. Des gags sur Michèle Richard, Diane Dufresne ou Jean-Luc Mongrain, c’est vrai que c’est toujours drôle mais ça laisse une impression de plus que déjà-vu et une envie de crier «pis le Journal de Montréal, vous en parlez pas?».

Pour rester dans le coup de gueule, l’écriture est assez inégale, alternant les bonnes idées aux propositions incompréhensibles autant dans la rédaction que dans le choix des sujets. On sent le désir de ne pas déplaire trop, de ne pas déranger trop, de ne pas en dire trop. Mais parfois, on en fait pas assez et l’on passe à côté de la track. Ceci dit, ce qu’il faut retenir, c’est qu’au final, on passe un moment agréable, vraiment divertissent et on rit. C’est Noël après tout.

Au Théâtre Outremont jusqu’au 8 janvier.

par Félix Brooklyn / photos