L’exercice est réducteur: cinq films, c’est peu. Irréaliste: les meilleurs? On s’entend, on n’a pas vu tout ce qui s’est fait cette année et la critique est une activité somme toute subjective.
Ce sont donc cinq films que vous devriez voir si vous ne les avez pas encore vus cette année, relatés par notre cinéphile en résidence, Alex Paré, ainsi que les très versés Kristof G. et Charles Laplante. Un mélange de coups de foudre et de surprises.
Top d’Alex Paré
Into Eternity (Michael Madsen, Danemark, 75 min.)
Il s’agit, de loin, du film qui m’a le plus bouleversé cette année. Présenté dans le cadre du festival Fantasia, Into Eternity nous transporte au fin fond du sous-sol finlandais, dans un enfer tranquille, là où la firme Posiva prévoit de stocker des tonnes de déchets nucléaires jusqu’à la fin du présent siècle, avant de sceller la mine de façon permanente. Le sujet terrifiant fascine au plus haut point. La façon de le traiter, au moyen de sons et d’images grandioses, de témoignages troublants, font d’Into Eternity un grand film. J’écrivais ceci à propos du film en juillet dernier: «Les images, d’une beauté désarmante, sont présentées au moyen d’un montage qui a le rythme d’un poème captivant. Combinées à une bande sonore inspirée, souvent atmosphérique, ces images sont le témoignage émouvant de la vulnérabilité qui caractérise la condition humaine à l’ère de l’énergie nucléaire.»
Le film ne semble malheureusement pas disponible sur DVD pour l’instant et il faudra vraisemblablement attendre qu’un distributeur local s’y intéresse avant de le revoir à Montréal.
Je concluais ma critique de la manière suivante, l’été dernier: «Into Eternity fait partie de ces films qui s’élèvent au-dessus du genre et du médium auxquels ils appartiennent, pour se hisser parmi les œuvres qui s’adressent aux sens. Le type de film si bouleversant qu’il impose le silence au générique et encore longtemps après sa projection. C’est une œuvre trop courte (75 minutes) qui m’émeut encore au moment d’écrire ces lignes et qu’il faut voir sur grand écran.»
J’y pense encore souvent, avec le même sentiment.
Down Terrace (Ben Wheatley, Royaume-Uni, 89 min.)
À peine sortis de prison, un père et son fils tentent de découvrir qui, des gens qui les entourent, est responsable de leur incarcération. Dans cette comédie noire, les conventions du film de gangster sont remises en question. Rien à voir avec la glorification du monde interlope des The Godfather ou de Goodfellas. C’est dans le quotidien le plus banal d’une famille de petits criminels que s’infiltre la caméra nerveuse de Wheatley. Il n’est d’ailleurs jamais question de ces activités criminelles, et leur nature n’a aucune importance. C’est à la complexité des personnages, leurs interactions et leurs tourments psychologiques que l’on s’intéresse. Robert Hill, dans le rôle du père, livre probablement l’une des performances les plus impressionnantes que j’ai vues cette année.
Dream Home (Pang Ho-Cheung, Hong-Kong, 96 min.)
Il s’agit sans contredit de la plus belle surprise que j’ai eu au festival Fantasia cette année. C’est un film que, visiblement, personne n’attendait et qui fut projeté dans une salle presque tout à fait vide.
La bulle immobilière qui sévit à Hong-Kong rend l’accès à la propriété presque impossible pour une grande partie de la population. Cheng Lai-Sheung (Josie Ho), une jeune fille qui travaille pour compagnie d’assurance, économise depuis longtemps pour acheter l’appartement de ses rêves aux abords du port, où elle a grandi avec sa famille. Confrontée à l’explosion des valeurs foncières, elle se donne pour mission d’assassiner les voisins de l’appartement qu’elle convoite de manière à faire chuter son prix.
La prémisse est simple et semble complètement idiote. C’est cependant dans sa réalisation qu’est tout le génie de Dream Home. Le film remet en question toutes les conventions du slasher et prend le temps d’explorer la psychose de son personnage principal. Sans justifier les meurtres horribles que la jeune femme commet (certaines scènes sont d’une violence désarmante), Pang prend toutefois le pari d’expliquer le désespoir qui peut pousser un psychopathe à passer aux actes.
Ce sont la profondeur du propos, le scénario étoffé, une photo magnifique et une réalisation juste et réfléchie qui font de Dream Home un film intéressant.
On aime également les clins d’œil à The Shining et à Psycho.
Animal Kingdom (David Michôd, Australie, 113 min.)
C’est encore une fois au sein d’une famille de petits criminels (cette fois-ci plus conventionnelle que celle de Down Terrace) que l’on plonge.
Quand sa mère succombe à une surdose d’héroïne, Joshua est pris en charge par sa grand-mère et ses oncles, des criminels connus des policiers.
Leckie (Guy Pearce), le policier chargé d’enquêter sur les crimes de la famille, tente d’obtenir la coopération de Joshua. À la fois manipulé par sa grand-mère, qui mène la famille de manière plutôt incestueuse, par son oncle, Pope, un psychopathe certifié, et par Leckie, Joshua doit trouver le moyen de survivre.
Michôd, qui s’était fait connaître avec le court-métrage Spider (2007), signe son premier long-métrage au grand écran. C’est au moyen d’une réalisation juste, d’un rythme soutenu et d’une photo soignée qu’il jette un regard posé sur le monde interlope. Animal Kingdom trouve sa place auprès de Memento et de Sexy Beast.
The Ghost Writer (Roman Polanski, Royaume-Uni, 128 min.)
The Ghost Writer n’appartient certainement pas réellement aux cinq meilleurs films de l’année, sauf qu’il constitue une surprise importante. Bien qu’il ne soit pas surprenant que Roman Polanski accouche d’un bon film, c’est qu’il s’agit surtout d’un film que l’on n’attendait pas réellement, accueilli plutôt froidement par la critique et le public.
Il s’agit cependant d’un film réussi, qui fait état de la paranoïa collective qui caractérise notre époque. The Ghost Writer fait également état de la paranoïa de Polanski envers les appareils politiques occidentaux et du dédain qu’il entretient envers les institutions, que ça soit justifié ou non.
Dans un scénario comme ceux auxquels il nous a habitué dans le passé, Polanski met en scène un jeune biographiste (Ewan McGregor) qui accepte de compléter les mémoires de l’ex-Premier Ministre de la Grande-Bretagne après que le nègre qui avait été engagé avant lui ait été retrouvé sans vie sur une plage. Son travail lui permettra de découvrir les ficelles d’un complot politique invraisemblable qui mettra sa vie en danger.
Capable du pire (The Ninth Gate, Oliver Twist), comme du meilleur (Rosemary’s Baby, The Tenant, Chinatown), c’est un thriller bien ficelé, réalisé avec patience qu’il nous offre ici.
Top de Kristof G.
Scott Pilgrim Vs. The World. Une fantastique lettre d’amour aux comics et aux jeux vidéo, avec un clin d’œil à l’alternatif des années ‘90. Aussi brillant que dynamique.
Enter the Void. Une des plus intenses et hallucinantes expériences vécues en salle. Complètement malaaaaade ce délire psychotropique de près de trois heures.
La Merditude des choses. Chronique aussi pathétique que sympathique, relatant l’enfance d’un futur écrivain en Belgique, au sein d’une famille d’hilarants et attachants alcooliques.
The Life and Death of a Porno Gang. Cru, violent, inventif, marrant, surréaliste, percutant. Une critique sociale raide et acide, mais combien maîtrisée. Méchamment efficace. De loin le meilleur film vu à Fantasia cette année.
Coup de gueule: A Serbian Film. On ne comprend toujours pas pourquoi le public et certains critiques l’ont sacré meilleur film de Fantasia 2010. Très sick. Provoquer est son but (ça marche), mais vide est son propos (gratuit et non développé). Extrême ratage pourtant fort bien monté (ça look comme une tonne de brique). Dommage. Pour un vrai film serbe du genre excellent, voir film précédent.
Top de Charles Laplante
Scott Pilgrim Vs. The World. Après l’excellent Youth in Revolt, Michael Cera revient dans la peau de ce personnage de BD haut en couleur qui pour séduire sa douce, doit combattre ses sept ex démoniaques. Le film innove sur plusieurs points, notamment en ce qui concerne la fusion du médium cinématographique avec l’univers du jeu vidéo et les cultures indie et geek. Le scénario est réellement amusant et je le reverrais même après quatre fois, ne serait-ce que pour dévorer Ramona Flowers des yeux.
Machete. Danny Trejo enfin en vedette. Lindsay Lohan qui joue son propre rôle (ou à peu près) et un duo de méchants rassemblant Robert de Niro et Steven Seagal. Robert Rodriguez frappe encore et offre du coup son meilleur film depuis El Mariachi.
Inception. Leonardo Dicaprio se bat contre le meilleur ennemi cinématographique des dernières années: son amoureuse décédée qui hante ses rêves. Le thriller d’action le plus complexe depuis la série des Terminator (penser longtemps à la ligne temporelle de celle-ci est une excellente source de migraines).
par Alex Paré, Kristof G. et Charles Laplante








