Nous avons passé la majorité de la dernière semaine au Toronto International Art Fair. C’était correct.
Pour les galéristes, très bien pour le développement des affaires; Pour les néophytes de cet univers mercantile, très enrichissant; Pour apprécier un contenu artistique, on repassera.
Nous avons agréablement rencontré quelques Ontariens exceptionnels. Sinon, les moments les plus heureux ont été ceux durant lesquels, avant l’ouverture de la foire et l’arrivée du public, nous avons pu voir de près certains tableaux de Ferron, Lemoyne et Riopelle.
De fil en aiguille, à notre retour à Montréal, l’occasion d’offrir la tribune Nomag à Mme Yseult Riopelle s’est développée. Cette dame, qui avec sa soeur et ses collaborateurs contribue avec brio à la valorisation de l’oeuvre de son père, a généreusement accepté de s’en saisir.
Nomag: Comment décrivez vous le travail que vous faites pour le catalogue raisonné Jean Paul Riopelle? S’agit-il surtout d’un travail de direction artistique, de promotion, de gestion, d’archivage? Veuillez nous présenter votre travail.
Yseult Riopelle: Le travail autour du Catalogue raisonné a débuté en 1986 avec l’appui de Jean Paul Riopelle et, étayé par le droit moral légué à ses filles, Sylvie Riopelle et moi-même, est un sujet inépuisable.
De manière succincte, je décrirai les divers sujets traités de manière schématique et dans l’ordre suivant: faire respecter le droit moral dicté par Riopelle de son vivant que ce soit pour son oeuvre ou pour le droit au respect de sa vie privée, recherches, archivage, authentification, direction artistique et publications, promotion soit expositions muséales et commerciales.
Pourquoi le faites vous?
La démarche autour du Catalogue raisonné de Jean Paul Riopelle consiste en grande partie à protéger l’artiste et son oeuvre et également l’homme.
Côté artistique, la démarche consiste à retracer les oeuvres, archiver la documentation et les publier afin finalement de faire respecter leur intégrité que ce soit historique ou physique, c’est à dire par exemple réunir les oeuvres si démantelées (soit panneaux divisés), corriger les datations, informer sur les dangers causés par les restaurations inadéquates… Faire connaître et mettre à jour différents aspects de la carrière de l’artiste et en extraire des thématiques. Ayant suivi depuis mon enfance de très prés la carrière de mon père, il est pour moi un devoir de rechercher et réunir l’information, perpétrer mes connaissances et nos expériences communes, comme par exemple le partage de différents ateliers.
Sur ce thème l’exposition «Riopelle, Mémoires d’ateliers» est présentée en ce moment. Cette exposition itinérante dont le projet a été mis en oeuvre début mai 2010 et qui a débuté à Paris le 14 octobre 2010, sera présentée dans pas moins de 6 galeries à travers le Canada. Il est à noter le travail en collaboration de tous les participants de cette aventure presque unique et des plus inattendues.
Cette exposition, mettant en scène différents corpus d’oeuvres de périodes diverses, présente un large inventaire de sculptures dont certaines inédites en miroir de créations qui pour certaines, sont restées, à ce jour, méconnues du public.
Pour ce qui est des sculptures dont quelques-unes inédites, il s’agit presque en totalité d’oeuvres crées entre 1969 et 1970 en même temps que plusieurs autres qui par la suite évolueront pour constituer les éléments de la fontaine «La Joute» réalisée en bronze autour de 1974 et dévoilée en 1976 à l’occasion des olympiques de Montréal. Certains des plâtres, étape transitoire entre la sculpture originelle mais éphémère en glaise et le bronze ou autre matière comme la résine, ont été, par le passé, exposés à la galerie Maeght. L’exécution des tirages des bronzes présentés s’échelonnent entre 1989 et 2010. À l’initiative de Sylvie Riopelle et moi-même et sous ma supervision, quatorze nouvelles sculptures provenant de plâtres ou terres cuites viennent d’être exécutées en bronze à la fonderie d’art d’Inverness créée originellement par Gérard Bélanger, peintre et sculpteur. Toutes les étapes du processus de la fonte, dont le projet a été initié automne 2009, ont été documentées dans le but de produire un film didactique qui sera présenté au public coproduit par Catalogue raisonné Jean Paul Riopelle et Basta! début 2011.
Que souhaitez-vous que des jeunes sachent à propos de Jean Paul Riopelle, ou de son oeuvre?
Par rapport aux nouvelles générations, le plus intéressant à mon avis est de voir comment celles-ci vont aborder et interpréter cette oeuvre riche, généreuse et diversifiée, aux jeux de piste innombrables et probablement infinis, du moins je l’espère. Évidemment le souhait est que l’oeuvre soit le plus accessible possible, d’où l’intérêt de pouvoir publier et de trouver de nouveaux auteurs capables d’apporter un regard différent, tout en, bien évidemment, proposant leur analyse comme une de personnelle et non pas comme une vérité absolue. Si nous parlons d’accessibilité, les collections dans le milieu muséal en sont d’autant plus primordiales car, malgré les différentes technologies passées ou présentes, rien ne peut encore remplacer les oeuvres elles-mêmes.
En quoi l’internet tend-il à favoriser ou à empêcher le rayonnement de l’oeuvre?
Pour ce qui est du rayonnement de l’oeuvre d’un artiste par le biais d’internet, comme tout le monde peut s’en rendre compte à travers cet outil véhiculant de l’information, se retrouvent à profusion les données les plus sérieuses et la désinformation la plus complète.
L’univers commercial des marchands d’art présente-t-il des aspects positifs, négatifs? Comment l’artiste et le catalogue raisonné négocient-ils avec cette réalité?
À la question posée sur les cotés positifs et négatifs de l’univers commercial des marchands d’art, je ne peux parler pour Riopelle mais cependant, certaines informations peuvent être mentionnées. Comme dans toute chose, dans l’univers commercial des marchands, nous retrouvons le meilleur et le pire et une multitude de déclinaisons entre les 2 pôles. Le métier a nettement évolué à travers les années, pas toujours, à mon avis, pour le mieux. Que dire des achats qui se font directement sur internet sans que l’acheteur ait la curiosité de se déplacer pour voir l’oeuvre dans sa réalité? Sans aborder la question de l’authenticité d’oeuvres présentées par certaines galeries sur internet.

Pour revenir à un sujet plus sérieux, pour moi, un bon marchand d’art en est un de fidèle qui travail à long terme et qui est prêt à répondre aux défis même si leur orientation première en est une plus muséale ou pédagogique que commerciale. Ici, pour ne parler que des anciens, nous devons rendre hommage à messieurs Pierre Matisse, Jacques Dubourg, Jean Fournier, et Aimé Maeght qui ont travaillé pour chacun d’eux en tant que marchand et ami de Riopelle.
Pour ce qui est de la relation entre les marchands et le Catalogue raisonné, et plus spécifiquement par rapport à l’aide apportée à la recherche dans le cadre du catalogue raisonné proprement dit, en majorité et ponctuellement les galeries collaborent mais les exceptions sont très nombreuses probablement la raison étant le manque d’intérêt et de vision à long terme. Par contre, certaines autres viennent même jusqu’à apporter un soutien moral voir même financier à l’édition en plus de leur collaboration à la recherche proprement dite.
Nul n’est besoin de mettre de l’emphase sur des galéristes dont le but n’est que strictement commercial, sujet à mon avis qui n’a rien à voir avec l’Art.
Et pouvez vous faire un commentaire ciblant les foires, en particulier?
Puisque la question est posée, pour ce qui est des foires, l’appellation est, à mon avis très bien choisie et rejoint bien l’expression!
Les présentations, dans le cadre de foire, ne sont-elles pas strictement une vitrine pour les professionnels du marché? Ce qui sert probablement leurs visées. Le lieu cependant est à mon avis une manière intéressante pour faire connaître de nouveaux artistes.
Pour moi, personnellement, en tant que professionnel, la tâche est démesurée. En tant que simple public, les dimensions gigantesques de ces événements sont tout à fait inhumaines et anti-art.
En terminant, y a-t-il un projet, une idée dont vous souhaiteriez faire la promotion?
Les projets soutenus ou réalisés par le Catalogue raisonné de Jean Paul Riopelle en ce moment et à court terme sont nombreux et diversifiés. Ils impliquent la mise en oeuvre ou soutien informatif de deux expositions en institution dont l’une se concrétisera en 2011; L’édition des compléments des tomes 1 (1999) et 2 (2004) du Catalogue raisonné prévue pour fin 2010; Celle du tome 4 couvrant les années 1966 à 1971 du Catalogue raisonné prévu pour l’automne 2011; Le film sur la sculpture « Riopelle, Un Feu ardent, L’Éveil d’une sculpture» qui devrait être lancé début 2011.
Une exposition autour de la thématique des «Mutations de Riopelle» que nous avions mis en scène pour le Musée des beaux-arts de Saint-Jérome en 2003 (exposition itinérante), se retrouve ce moment jusqu’à fin novembre accrochée aux cimaises de la Winchester Galleries à Victoria La publication réalisée à l’époque «Mutations de Riopelle» accompagne l’exposition actuelle.
L’exposition «Riopelle, Mémoires d’ateliers» est présentée à la Galerie Jean-François Cazeau à Paris – du 15 octobre au 30 décembre 2010.
En ce moment cette exposition se trouve également à la Mayberry Fine Art de Winnipeg du 28 octobre au 13 novembre 2010
L’exposition est accompagnée d’une monographie éditée par Catalogue raisonné Jean Paul Riopelle.
Le Catalogue raisonné de Jean Paul Riopelle www.riopelle.ca et plus spécifiquement pour la sculpture prochainement www.riopellesculptures.com
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Tous les droits sur les photos des six publications du Catalogue Raisonné Jean Paul Riopelle, comme ceux sur les oeuvres reproduites en couvertures, sont réservés: © succession Jean Paul Riopelle/SODRAC (Montréal) 2010
Propos recueillis par Louis-Nicholas Coupal











