Lou Reed, rockeur intemporel, était de passage lundi soir dans le cadre de la treizième édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal pour y présenter son tout premier film, Red Shirley.
Loin de l’univers débridé du rock n’ roll, de la drogue et de tout autres sujets que l’on aurait pu s’attendre voir traité par le mythique chanteur du Velvet Underground, c’est plutôt un portrait intime en 28 minutes d’une cousine centenaire qu’est venu nous présenter de vive voix un Lou Reed lui aussi, vieillissant mais toujours aussi impressionnant.
C’est dans l’univers créatif de feu qu’était le célèbre Factory d’Andy Warhol que Reed a commencé à fondre son œil à l’objectif d’une caméra, sous l’influence des bonzes de la photo comme Billy Linich, Larry Clark et Wim Wenders. Près de cinquante ans plus tard, Lou Reed nous arrive avec un premier film qui sent le kodak à plein nez.
La question qui va de soi… Pourquoi faire le portrait d’une cousine centenaire polonaise quand on s’appelle Lou Reed et que l’on a vécu ce que l’on a vécu, vu ce que l’on a vu? Tout d’abord par amour et ensuite parce que cent ans d’histoire dans les yeux d’une seule personne, c’est plus que le double de la majorité des gens qui liront cet article. C’est ce qui se dégage de la passion de Reed pour son sujet et ce qu’il réussit à faire transpirer dans les images qu’il propose en collaboration avec un autre génie, Ralph Gibson, qui assure la direction photo.
Le documentaire est une vraie rencontre, sans artifice, sans flafla. On nous y présente une vieille femme qui a vécu et qui nous raconte les histoires de guerres mondiales, d’explosions, de famille aux quatre coins de la planète, de combats syndicaux, d’immigration, de droits civiques et d’adaptation. Dans les mots de Reed, ce documentaire est «as close as you can get». On s’installe dans le salon de Red Shirley, éclairage naturel, maquillage naturel, et l’on écoute.
L’expérience sur papier pourrait sembler ennuyeuse, mais les cartes cinématographiques sont jouées avec une simple précision qui s’inscrit parfaitement dans la proposition du film. L’image est magnifique et passionnante. Contrairement à ce que l’on nous montre habituellement, la peau plissée et les traits tirés de la vieille femme ont su se nimber d’une beauté particulière.
Dans ce type de projet, le rythme est primordial, et c’est sur cet aspect sur lequel Mr. Reed est le plus impliqué notamment dans la bande sonore signée Metal Machine Trio, un de ses projets du moment, ainsi que dans ses interactions qui construisent une dynamique intéressante forçant le sourire à plusieurs reprises dans cette drôle de rencontre entre une légende du rock et une centenaire polonaise.
Sur deux jours d’entrevues, les 28 minutes constituant le film sont pertinentes, touchantes et surtout authentiques. Lors de la rencontre suivant la projection, Lou Reed racontait qu’il avait demandé à Red Shirley comment elle avait fait pour vivre tout ce qu’elle avait vécu… Le secret? «What can you do?», répondit la centenaire.
Le film sera présenté pour une dernière fois à Montréal le 21 novembre en première partie du gagnant du Prix du Public. Belle occasion de faire un tour au RIDM.
par Félix Brooklyn






