SAUCE BOULEVARD RIGOLOTE

De «Ciel mon mari!» à la maîtresse qui se cache avec un abat-jour sur la tête, la recette du théâtre de boulevard est éprouvée depuis longtemps. Elle comporte aussi son lot de portes qui claquent, d’entrées et de sorties intempestives, de quiproquos, de sous-entendus, de malentendus et d’adultères. Le tout apprêté avec une sauce rigolote où personne ne meurt, où les drames sont tout relatifs et où l’histoire se termine généralement dans la bonne humeur.

Treize à table de Marc-Gilbert Sauvajon utilise toutes ces ficelles avec bonheur et nous procure un bon moment de théâtre d’où l’on sort le sourire aux lèvres.

Madeleine et Antoine, joués par Linda Sorghini qui est divine en grande bourgeoise et par Carl Béchard qui en fait parfois un peu trop, attendent leurs invités le soir du réveillon de Noël. Mais, (Horreur!), Madeleine se rend compte qu’ils seront treize à table, ce qui est inconcevable. Soit il faut inviter à la dernière minute un quatorzième convive, soit décommander l’un de ceux qui doit venir pour éviter le drame affreux qui se profile à l’horizon. L’histoire se complique lorsque surgit Dolores, une belle sud-américaine au caractère de feu qui se révèle être une ancienne maîtresse d’Antoine. Elle a un revolver, (Oh! Oh!), et se révèle assoiffée de vengeance après avoir été abandonnée. Dans l’intervalle les invités se saoulent abominablement au champagne, le médecin de famille invité est appelé pour un accouchement, la meilleure amie de Madeleine apprend l’infidélité de son mari, un autre invité est impliqué dans un accident et le valet de chambre est complètement dépassé par les événements.

Tous les comédiens sont excellents et semblent s’amuser comme des petits fous. Je les comprends: les répliques sont savoureuses et les rebondissements multiples. Anne Casabonne en Dolores est fabuleuse dans ses excès de jalousie latino-américains et Évelyne Rompré en Véronique se révèle délicieusement dérangée. Jouer dans un pièce comme celle-là implique que l’on se donne entièrement dans un personnage qui est l’archétype même du cliché: le raseur, la femme trompée, le mari avec une double vie etc. Et ce sont des phrases anodines qui préparent les péripéties à venir. Mentionnons aussi que la mise en scène d’Alain Zouvi  laisse la place qu’il faut aux performances physiques (sauf pour Carl Béchard, je l’ai dit déjà, qui en remet) et que c’est parfait ainsi.

Treize à table est présenté au Rideau Vert jusqu’au 4 décembre 2010.

par MC5