MÉLODRAME CONTRÔLÉ

«The Dears qui rient!», me lance notre photographe Raphaël Ouellet, pas peu fier de son coup, au terme du shoot arrangé à Pop Montréal avec le groupe.

Avouez qu’un sourire béat n’est pas la première image qui vient en tête quand on songe à l’univers houleux des Dears. Qu’on y soit au centre comme Murray Lightburn, porteur du volatile lambeau du groupe, ou qu’on se soit greffé à son noyau au fil des années, ce n’est pas l’action qui manque. Et ce, depuis plus de dix ans.

Envers et contre tout, leur longévité, mise plusieurs fois à l’épreuve, semble plus sûre que jamais. Après des années à rouler leur bosse dans les festivals internationaux et à constituer, période pré-Arcade Fire, les porte-étendards de l’indie-rock montréalais, les Dears se sont butés à plusieurs murs: celui de l’usure et de l’épuisement, et de bouleversements internes suite aux premières naissance d’enfants notamment. Cela a suffi à accélérer le démantèlement du groupe autrefois soudé par l’amitié et l’amour de la fête.

Lors de l’enregistrement de Missiles (2008), les rumeurs allaient bon train dans certains cercles: Murray, bourreau de travail minutieux au point d’être maniaque, s’était aliéné ses anciens compères sur plusieurs plans.

«Franchement, j’ai déjà entendu ces rumeurs, mais j’ai toujours trouvé que c’était facile de bosser avec Murray», lance de but en blanc Patrick Krief, guitariste et compositeur principal du projet Black Diamond Bay, et partie intégrante des Dears depuis sept ans. Il faut dire que Krief est un sacré bon bougre, toujours disposé à jouer – dans tous les sens du terme.

«On a commencé à parler d’écrire un album il y a un peu plus d’un an, pendant une cuite. Murray m’a joué une ébauche de chanson où il manquait une section, et j’avais de mon côté une pièce qui était du même tempo, dans la même gamme. Une belle coïncidence. On a commencé à s’envoyer des idées et des bouts de pièces par courriel. Les morceaux se sont pratiquement imbriqués tout seuls.»

Krief était déjà de la partie Missiles côté compo, mais n’avait pas pris la route avec le groupe. «Je me concentrais alors sur mon propre projet. Et pour tout dire, à mon avis, l’album à venir comporte une nouvelle dimension, plus d’espace à remplir que les autres, et ça me plaît beaucoup.»

Toujours mélodramatique, louvoyant entre le morose et le grandiose, l’intensité des Dears fait cette fois-ci une place plus grande à la guitare résolument rock de Krief. Guitare soloiste qui se mêlait parfaitement aux imposantes pièces jouées à l’occasion du trio de dates programmées à l’Église Santa Cruz durant Pop, où les membres ont enchaîné l’intégrale de l’opus (toujours sans titre) à venir dans le premier quart de 2011. «Peu importe qui écrit la musique dans les Dears, l’esprit reste mélodramatique», confirme Krief. «Murray s’inspire constamment des gens autour de lui; c’est son carburant. Je ne m’en suis jamais fait pour le groupe.»

À M pour Métropolis, samedi 20 novembre, en compagnie de La Patère rose, Priestess, Misteur Valaire et Poirier. Portes à 19h.

par Evelyne Côté / photos Raphaël Ouellet