Les premières impressions sont souvent les bonnes, mais pas toujours. Au premier abord, le type a l’air on-ne-peut-plus relax. Comme si la fin des années 1970 nous l’avaient envoyé live, pour nous soulager du préfabriqué et de l’ambition vide qui nous unit trop souvent, désormais, dans la musique.
Puis, après conversation, concert et réflexion, on voit que le jeune Sean Nicholas Savage n’a pas fini de nous en donner. Il butine, et ce faisant, se fait une idée de plus en plus précise de son talent.
Vous croyiez que Movin Up In Society (album lancé en petites trombes l’an passé par la maison Arbutus, maison-mère de Braids, des Silly Kissers – dont Sean a fait partie – ainsi que de Blue Hawaii), le très remarqué précurseur de Mutual Feelings of Respect and Admiration, gratuit sur le web, était son premier? Détrompez-vous. Mutual Feelings est le septième album qu’a Mr. Savage derrière la cravate.
«On a enregistré un album qui sonnait beaucoup comme la version ‘‘junkie disco’’ de l’album précédent, puis j’ai demandé à ami David Carriere, des Silly Kissers, de le remixer. Je lui ai demandé d’en faire un mix vraiment tight en fait… Ça peut sonner irréaliste par bouts j’imagine.»
En effet, si Mutual Feelings est clairement l’œuvre du même gars, de la même voix et du même irrépréssible sens de la mélodie, il shoote dans plusieurs directions différentes, particulièrement en ce qui a trait aux arrangements, assez minimalistes sur Moving Up… Vous avez gratté de la guitare tout l’hiver? Dansez maintenant!
Une fois c’t’un gars qui part d’Edmonton avec sa guitare pis qui finit par crooner du disco à Montréal…
À la fois efflanqué et fin, le musicien de 24 ans porte beaucoup de déférence à son entourage, à sa musique, mais aussi son père – à qui il porte des sentiments de respect et d’admiration qui sont probablement mutuels. «C’est l’une des personnes que j’essaie vraiment d’impressionner», dit-il, solennel, un brin fier. D’ailleurs c’est son père qui l’a convaincu de se lancer dans Moving Up In Society avec une vraie batterie à bord, au lieu de s’en remettre à l’électronique. «Il voudrait que je continue dans la veine de Crosby, Stills and Nash, The Band, ces choses-là.»
Prolifique, Sean Nicholas enregistre ses idées de chanson sur une Sony portative en déambulant sur Parc plutôt que dans un shack en bois. «La mienne est meilleure que la tieeenne», qu’il fait en menaçant de m’enregistrer de son côté pour la postérité, avant de peser sur play pour révéler un tube en puissance. «Avec une guitare, on est tenté par des 1-2-3-4 et des lignes comme ‘‘dadada… daa’’», fait-il en mimant une modulation dans les airs. «Mais en marchant dans la rue, en utilisant seulement la voix, tout est ouvert.»
Ça explique sans doute l’esprit de son Mutual Feelings, dont il crédite certaines influences à Prince et à «Marvin Gaye! Oh my god I love Marvin Gaye!», mais aussi de la direction musicale de son lancement. Après une perfo auréolée de synthés par les Silly Kissers en ouverture, Savage est entré sur scène seul flanqué de lunettes fumées, abordant toutes les tounes de son nouveau disque à l’aide de son seul micro et de pistes préenregistrées.
Ambitieux, Sean Nicholas Savage ne l’est certainement pas dans le sens du aveuglant du terme. Mais sur une lancée ambitieuse, sans aucun doute.
Site de Arbutus Records et de l’album précédent de SNS, Moving Up In Society, GRATUIT pour ceux qui auraient lu en diagonale.
par Evelyne Côté / photos Rod Moraga







