LE RENON

De l’art de se mettre, virtuellement, le pied dans la bouche. Quand j’écris à Eric Fillion, batteur de Pas Chic Chic, pour l’interviewer sur le 12’’ frais sorti (et à vrai dire presqu’inespéré) de son groupe, mon courriel va comme suit: «Écoute, je suis un peu dernière minute alors si tu es occupé sens-toi bien à l’aise – mais si tu avais du temps pour une entrevue ce soir, je publierais une manchette sur Nomag demain, afin de souligner la sortie de l’album pseudo-posthume de Pas Chic Chic.»

Sens-toi bien à l’aise? Malaise. Ce vinyle (ou EP de trois pièces pour les intimes du numérique) n’est pas un arrêt de mort. Au contraire, comme dirait Pas Chic Chic: «Ce retour en studio, ç’a été une façon de se réapproprier le groupe». Retour aux sources ainsi qu’à un rythme plus personnel, au lieu de se laisser cannibaliser par des attentes extérieures.

Sur ce mini-album fait avec la minutie et la bienveillance d’un truc qu’on bricole pour soi, il y a deux pièces, «Allez vous faire influencer» et «Premier Souffle», ainsi qu’un «Interlude» d’une opacité sonore des plus subtiles. (On peut les écouter sur le Myspace de PCC.)

Décalages et remaniements pour certaines pistes déjà écrites il y a quatre ans par le groupe, qui à sa formation démarrait sur les compositions du chanteur Roger Tellier-Craig au lieu de, dès le début, mettre ses quatre paires de mains à la pâte: «‘‘Premier Souffle’’ a été formée à quatre en studio, alors que ‘‘Allez vous faire influencer’’ est née d’un véritable interlude qu’on jouait à mi-course en concert», explique Fillion aux côtés du bassiste Éric Gingras.

Ainsi, le seul deuil qu’ont eu à faire Eric et Éric, Roger et Marie-Douce aux claviers, a été celui de la scène. Un deuil qui s’apparente plus à une résolution qu’à une peine d’amour: «On essayait d’exister de manière dite ”normale”, et pendant ce temps, on n’était pas créatifs. On devait négocier avec plein de choses extra-musicales», explique Gingras. «Un néant populaire!»

Certes, Pas Chic Chic forme un groupe particulier, obscur dans ses références, épineux lorsqu’il s’agit de faire des compromis. Le lancement tenu la semaine passée s’est fait dans une galerie aux murs vierges, presque vide. «Un anti-show», célèbre Filion. «L’image tue la musique», dixit Gingras. «Et puis de toute façon, j’ai grandi dans le punk. Les cachets à 1000$ et les entrevues à la CBC, je n’avais jamais connu ça», renchérit l’ancien batteur de Cobra Noir et de Black Hand.

«Le groupe a toujours été très communicatif, très collaboratif. On est simplement trop hyperactifs pour s’adonner à un seul projet. On veut cultiver les possibilités d’intersection. On baigne tous les quatre dans le même milieu artistique, on converge vers les mêmes centres d’intérêts. Il n’y aura peut-être jamais d’autre disque de Pas Chic Chic, mais il est probable que oui. Pourquoi délimiter tout ça?»

http://paschicchic.com/

par Evelyne Côté / photos Sabrina Ratté