De passage en ville pour présenter son récent album, Bubblegum, la formation de Liverpool a offert à ses fans montréalais un concert tout à l’image de sa musique: punk et suave, énigmatique et contrasté.
Tout en le qualifiant de l’un des meilleurs groupes rock britannique des dix dernières années, la critique a souvent reproché à Clinic son inconstance et sa prévisibilité. Faisant fi du sort d’un premier album encensé (Internal Wrangler, 2000), le quatuor mené par Ade Blackburn a le mérite d’avoir évité le piège des tendances au profit de l’expérimentation pure. Résulat: cinq albums studios livrés en huit ans, inégaux certes, mais qui recèlent néanmoins leur part de bijoux aux registres fusionnés puis éclatés: post-art-punk, garage, psychédélia vintage et folk déjanté.
Puis est tombé, cet automne, Bubblegum. Produit par John Congleton (Modest Mouse, The New Pornographers, The Roots, etc.), ce sixième effort affirme la nouvelle expérience de Clinic, à savoir celle d’une douceur acoustique un brin pop. Beau coup de gueule à la critique ennuyée.
C’est ainsi, sous cette nouvelle inclinaison musicale attendrie et feutrée des quatre masqués, que j’anticipais leur arrêt à la Sala Rossa mardi. Second coup de gueule. Accoutrés d’uniformes de chirurgiens sombres worldbeat, Blackburn et sa bande ont entonné la pièce-titre «Bubblegum», wah-wah bien sentie en prime, suivie d’une version moins acide et plus garage de «Lion Tamer». Décidément, Clinic, sur scène, n’est pas près de se débrancher.
Puisant souvent dans ses albums précedénts (Clinic, Internal Wrangler, Walking with Thee, Visitations, Do It!), la bande, peu loquace, aura malheureusement manqué tout un moment grâce en raison de difficultés techniques lors de la sublime ballade «I’m Aware». Une version parfaitement crue et inquiétante de «Harvest» nous a bien réconciliés.
Malgré une scène trop éclairée pour sa musique caverneuse et un public trop peu nombreux, Clinic a réussi à insuffler son charme énigmatique, même en statisme. Car au-delà du jeu des masques superficiel, c’est dans celui des contrastes entre la délicatesse et la subversion que ça s’opère.
par Sophie Beaulieu / photos LP Maurice






